Université d'été du PS: Arnaud Montebourg, et maintenant?

POLITIQUE Face aux journalistes, Arnaud Montebourg n'a rien abandonné de sa verve, mais l'ex-ministre est affecté par sa sortie du gouvernement...

Maud Pierron

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Arnaud Montebourg le 30 août 2014 à La Rochelle.
Arnaud Montebourg le 30 août 2014 à La Rochelle. — AFP

De notre envoyée spéciale à La Rochelle (Charente-Maritime)

«Montebourg, quel gâchis!» Et pourtant, c’est un proche de Manuel Valls qui fait ce constat. Dans le «off» de La Rochelle, le coup d’éclat du ministre ne cesse pas d’être commenté. Ses proches décrivent un homme «touché» après son éviction du gouvernement, qui va prendre un peu de champ avec la politique dans les prochaines semaines. «Il est comme on peut être après un tsunami: content d’être vivant mais quand on regarde derrière, on constate les dégâts», explique un ami.

Pourtant, en façade, l’ex-ministre de l’Economie ne laisse rien paraître. A sa descente du train vendredi à La Rochelle, il a assumé: «Frangy n’est pas un accident, c’est le début du débat sur l’austérité. Il est important que le débat se poursuive avec les citoyens et bien sûr nos militants, les militants socialistes». Bravache un jour, bravache toujours… «Mais que voulez vous qu’il dise? C’est Arnaud! Toutes les phrases qui commencent par "faut se taire, faut pas…", ça marche pas avec lui», explique cet ami qui vendredi soir, cherchait à «remonter le moral» du vaincu de Frangy en allant boire un verre. En vain puisque l’ex-ministre, après être passé à la réunion de son courant, a filé sagement à son hôtel, évitant de s’afficher aux terrasses des cafés de la cité rochellaise grouillante de journalistes et de militants.

«Les hommes d'Etat n'ont pas toujours vocation à se taire»

En fait, Arnaud Montebourg est encore sous le choc. «Il voulait partir du gouvernement, mais pas maintenant, il a été surpris» des conséquences de son discours de Frangy, explique un proche, expliquant toutefois qu'il se sent désormais «libéré, il n'a plus mal au ventre, il ne supportait plus Hollande». «Je ne crois pas du tout à l’idée que toutes les étapes étaient pensées les unes après les autres», explique un ponte de la majorité. Un élu dans la confidence de Manuel Valls confirme: «Il ne s’y attendait pas du tout. Mais personne n’imaginait qu’Arnaud fasse ce cirque-là». Un ministre raconte, dans la même veine: «A Frangy, les mots de Montebourg sont allés non pas au-delà de sa pensée mais de sa volonté».

Samedi matin, alors que Christiane Taubira faisait une visite surprise et remarquée à la réunion des frondeurs, Arnaud Montebourg s’installait sur l’estrade de l’espace Encan pour animer le débat sur le volontarisme politique… aux côtés de Michel Sapin. A son arrivée, quelques huées ont vite été couvertes par des applaudissements nourris. «Les hommes d'Etat n'ont pas toujours vocation à se taire», a-t-il lancé, ajoutant que «c'est parfois même leur destin de se faire congédier quand ils ont parfois, pas toujours, raison».

«C’est tous des cons, j’avais raisons»

Il a à nouveau demandé plus de croissance dans la zone euro et expliqué pourquoi cela l'avait «conduit à demander une inflexion de la politique économique» du gouvernement. En conclusion, il  a promis de «prendre date». Mais comment? Peu de gens, parmi ses proches ou pas, croient à sa capacité à fédérer. Jamais, depuis qu’il est au PS, il n’a réussi à construire réellement de mouvement. Pourtant, à gauche du PS, il y a une place à prendre vu l’orientation du gouvernement. «ça ne m’inquiète pas. Entre Duflot, Mélenchon, les frondeurs, il y a embouteillage dans cette partie de la gauche», dit ce proche de Valls. Un autre, qui l’a beaucoup pratiqué, se montre dubitatif: «le plus probable c’est qu’il ne tire aucune conclusion de la période qui s’est écoulée, qu’il se dise "c’est tous des cons, j’avais raisons"»

Désormais en dehors d’un gouvernement dont il souhaitait une inflexion politique, l’équation n’est pas plus simple pour lui. Dans l’opinion, il reste celui qui a participé à un gouvernement qui pour l’instant n’a pas de résultats. Une vingtaine de manifestants le lui ont rappelé, samedi après-midi alors qu’il quittait la zone où se tient l’université d’été. Massés derrière des barrières, ils ont repéré le ministre de loin et se sont mis à le huer et le siffler, parlant de «trahison» et critiquant «l’austérité». Impassible, derrière ses lunettes noires, l’ex-ministre a continué son chemin.