Université d'été du PS: Christiane Taubira en appui des frondeurs

REPORTAGE La ministre a fait une visite surprise à la réunion des frondeurs, qui s’opposent à la ligne du gouvernement… Mais un proche de Manuel Valls assure que cela ne remet pas en cause sa présence au gouvernement…

Maud Pierron

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Christiane Taubira lors de sa visite surprise à la réunion des parlementaires «frondeurs» en marge de l'université d'été du PS à la Rochelle le 30 août 2014.
Christiane Taubira lors de sa visite surprise à la réunion des parlementaires «frondeurs» en marge de l'université d'été du PS à la Rochelle le 30 août 2014. — XAVIER LEOTY / AFP

A La Rochelle (Charente-Maritime)

On attendait la bombe Montebourg, ce fût finalement la bombe Christiane Taubira. La ministre de la Justice a fait une visite surprise ce samedi matin à la réunion des frondeurs, organisée en marge de l’université d’été de La Rochelle. Déjà, la réunion s’annonçait comme un succès: entre 500 et 600 militants ont répondu présent à l’appel des frondeurs pour le lancement de leur mouvement baptisé «Vive la gauche». Dans un amphi bondé de la faculté de lettres de La Rochelle, Hollande, Valls, et leur politique en ont pris pour leur grade dans une ambiance d’AG. Et la température est devenue brûlante lorsque Jérôme Guedj, l’un des animateurs, a lancé: «nous sommes le Parti socialiste», provoquant des tonnerres d’applaudissements.

Mais la standing ovation a été réservée à Christiane Taubira qui s’est placée au premier rang de la salle, entre Jérôme Guedj et Christian Paul. «J’ai été invitée il y a plusieurs semaines, je ne vois pas où est le problème», s’est-elle contentée de dire en arrivant, tançant le «besoin de dramaturgie» des journalistes. Une présence silencieuse d’un petit quart d’heure mais qui fatalement, vu le contexte brûlant, sera compris comme un soutien. Mais ce n’est pas là ce que l’on retiendra de «Vive la gauche».

«Taubira chez les frondeurs ça va faire mal…»

Ce qu’il restera, c’est l’image d’une Christiane Taubira, à sa sortie, casque de vélo sur la tête, la voix retenue mais pleine de colère, qui lâche: «La situation des Français est extrêmement difficile. On a permis à ce pays de se démoraliser, de perdre la morale républicaine qui consiste à dire quand on est en difficulté qu’on est capable de débattre» et de se réunir. Retirant son casque, elle continue: «Nous n’avons pas le choix, nous devons refaire place à la politique. La politique, c’est le courage de s’interroger, dans la vie et dans la cité, sur les espaces que nous créons pour nous entendre, pour nous comprendre, pour nous disputer et pour nous rassembler». Et d’assurer «assumer la conséquence de ses actes» vis-à-vis de Manuel Valls, avant de repartir à vélo.

«C’est la bonne surprise de la journée», apprécie Jean-Pierre Blazy, le député-maire de Gonesse (95). «Maintenant, la question qui se pose, c’est que va-t-il se passer maintenant? Manuel Valls va-t-il une nouvelle fois démissionner son gouvernement?». Car moins d’une semaine après que le couple exécutif a démissionné son gouvernement pour faire sortir deux ministres qui se sentaient proches des frondeurs, la présence de Christiane Taubira a enfoncé un clou dans la ligne «cohérence» et «clarté» érigée par Manuel Valls et qu’il a répétée en tête à tête à chaque ministre qu’il a conservé.

Que peut faire le Premier ministre aujourd’hui? Provoquer une nouvelle crise politique en faisant sortir une ministre qui soutient un groupe de parlementaires s’opposant frontalement à la politique du gouvernement? Garder Christiane Taubira, l’une des icônes de la gauche, même si son geste met à mal son autorité? Croisé à la réunion des frondeurs, l’aubryste François Lamy, ne veut pas se prononcer, se contentant, sourire en coin, d’un «Taubira chez les frondeurs ça va faire mal…»

Matignon minimise

Pas de réaction officielle de Matignon mais le porte-parole officieux de Valls, le député Carlos da Silva, a été missionné en salle de presse pour faire une déclaration très carrée: «L’université d’été est un endroit de débats. Christiane Taubira a été reçue par le Premier ministre lundi, elle a confirmé son soutien plein et entier à la politique sociale et économique menée par le gouvernement». Et de fait, a-t-il martelé en boucle, «la question de ce départ ne se pose pas», avant de semer les caméras. On a ensuite fait savoir que la ministre avait prévenu Manuel Valls avant... Lequel, d'ailleurs, a toute de suite déminé à son arrivée: «La Rochelle est un lieu de débat. Il est normal que des socialistes se retrouvent. Il est même assez normal que des socialistes applaudissent des ministres du gouvernement. Donc ne retenez que ce qu'il y a de positif.»

Du côté des animateurs de "Vive la gauche", on savoure mais on banalise aussi, pour ne pas laisser phagocyter la réussite de leur réunion par la présence de Christiane Taubira. «Elle est juste venue passer une tête. Elle s’intéresse à ce qu’on pense, elle est très curieuse, elle est venue nourrir sa curiosité», a minimisé Jean-Marc Germain. Le secrétaire d'Etat Thierry Mandon apprécie lui le côté funambule de la ministre: «Elle est très maligne, elle sait danser sur les crêtes». A tout le moins flirter avec la fameuse «ligne jaune».