Université d'été du PS: Opération déminage pour les proches de Hollande et Valls

POLITIQUE Leur défense se fait en quatre temps: banaliser les déchirements, faire mine d’ouvrir les débats, minorer l’opposition des frondeurs et réfuter tout virage libéral…

Maud Pierron

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Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement, le 29 août à l'Université d'été du PS à La Rochelle.
Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement, le 29 août à l'Université d'été du PS à La Rochelle. — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

De notre envoyée spéciale à la Rochelle (Charente-Maritime)

Risque de «scission», d’«explosion», accusation de «provocations délibérées» de la part du gouvernement? Les proches de François Hollande et Manuel Valls font mine de ne pas entendre ou ne pas comprendre le désarroi de certains de leurs camarades à La Rochelle, où se poursuit ce samedi l’Université d’été du PS, quelques jours après le psychodrame du gouvernement. Pour eux, rien de neuf sous le soleil de La Rochelle. «Mais non il n’y a pas de risque de division. Vous pourriez dire ça chaque année depuis 30 ans sinon», lâchait Michel Sapin, le fidèle de François Hollande, vendredi soir. Un peu plus tôt, à une terrasse du port, un proche de Manuel Valls avait le sourire: «ça se passe bien contrairement à ce que la presse annonçait. Même ceux qui ne sont pas d’accord avec nous disent qu’ils sont satisfaits que les choses soient claires».

Des querelles? «C’est le show classique du Parti socialiste», a minimisé de son côté Jean-Christophe Cambadélis qui estime que «les désaccords» sont «dans l’ADN du PS». Des tentatives de faire baisser la température pour éviter tout embrasement et déminer le terrain avant l’arrivée de Manuel Valls samedi après midi et son discours de dimanche. «Valls et Hollande sont allés trop loin, ils essaient de rattraper le coup, mais c’est trop tard», constate un élu francilien plus qu’agacé par les développements des derniers jours, de la standing ovation de Manuel Valls au Medef aux 35 heures alors que le détricotage de la loi ALUR n’était même pas encore connu.

Ouvrir le débat… mais seulement au PS

D’où les déclarations d’amour des uns et des autres pour… le débat dans la famille socialiste, alors même qu’il a été banni des rangs du gouvernement avec le remaniement. «Vu la période, il n’y aurait rien de plus malvenu que de restreindre le débat. Mais il faut le contrôler, il y a des règles. Il faut accepter de le clore et se rassembler ensuite», plaide Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée en marge du pot des hollandais où Luc Carvounas et Carlos da Silva, deux des principaux relais de Manuel Valls au Sénat et à l’Assemblée ont passé une tête. Une réunion qui devait être fermée à la presse mais qui lui a finalement ouvert ses portes, histoire de faire passer largement le message que «la majorité est là», «soutient l’action du Président» qui est «pleinement de gauche» quand l’entourage de Manuel Valls depuis jeudi passe son temps à réfuter tout «social-libéralisme» mais revendique une «gauche raisonnable».

Dans l’après-midi, deux hollandais de choc, Stéphane Le Foll et François Rebsamen défendaient devant la presse le «rôle éminent du PS pour ouvrir le débat». «Et il faut le faire vite», ajoutaient-ils. Les socialistes ont «besoin de prendre le temps de débattre, de s’expliquer, d’aller au bout des discussions» sur la ligne politique, ont-il argumenté tout en ajoutant que le gouvernement, lui, avait déjà tranché la question. Car certains aimeraient que le PS joue le rôle de soupape où seraient externalisés les débats qui touchent actuellement la majorité parlementaire. Pour cela, insiste un proche de Manuel Valls, «les états généraux du PS ouverts par Jean-Christophe Cambadélis au PS sont cruciaux».

«Frangy n’est pas un accident»

Même s’ils tentent d’apaiser les esprits, pas un ne peut s’empêcher de «taper» sur les frondeurs. «Mais vous voulez quoi? Que Manuel Valls tous les matins convoque à Matignon le chef des frondeurs pour négocier? Et puis quel chef? Ils ne sont même pas tous d’accord», raille un hollandais. Lequel assure que beaucoup de députés dépités auraient de la «méfiance» par rapport à ces frondeurs qui pourraient les «emmener là où ils ne veulent pas et faire tomber le gouvernement».

Un vallsiste, lui, s’agace de ces députés socialistes qui «font eux-mêmes le travail d’opposition». Ils se retrouvent ce samedi pour présenter leur démarche devant les militants et annoncent déjà une forte affluence.

«L’orage a éclaté avant La Rochelle et on nous annonce du beau temps pour samedi, donc ça va aller tranquillement», a voulu se rassurer Jean-Christophe Cambadélis vendredi. Mais ces responsables de la majorité auront beaucoup plus de mal à balayer d’un revers de main un Arnaud Montebourg arrivé dès vendredi soir à La Rochelle. Et cet Arnaud Montebourg là n’a visiblement pas envie de faire profil bas. «Frangy n’est pas un accident mais le début de l’ouverture du débat sur la question de l’austérité en France et en Europe», a-t-il lancé sur le quai de la gare. «Il n’y a pas de fronde, il y a aujourd’hui des questions très lourdes qui concernent notre pays et l’Union européenne» et qui «doivent être traitées calmement, avec beaucoup de responsabilité», a-t-il ajouté sans ciller.