François Fillon peaufine son costume d'homme de la rupture face à Hollande

POLITIQUE L’ex-Premier ministre prend le contre-pied du quinquennat de Hollande pour se présenter en réformateur déterminé à secouer la France…

Maud Pierron

— 

François Fillon à Rouez-en-Champagne (Sarthe), le 27 août 2014.
François Fillon à Rouez-en-Champagne (Sarthe), le 27 août 2014. — AFP

A Rouez-en-Champagne (Sarthe)

«Oser», «courage», «vérité», «rupture», voilà les maîtres-mots du discours de rentrée de François Fillon… qui étaient également ceux de l’an dernier. Comme en août 2013, c’est dans le cadre champêtre de Rouez-en-Champagne, dans la Sarthe, que l’ex-Premier ministre a fait sa rentrée politique ce mercredi. Et pour un candidat à la primaire de l’UMP, coincé par la déclaration d’Alain Juppé au cœur de l’été et la menace d’un retour de Nicolas Sarkozy, l’occasion était parfaite pour se relancer et étoffer sa carrure de réformateur «radical», qu’il se dessine depuis deux ans. «Le seul qui travaille dans un devoir de vérité», clame son entourage à chaque instant. Et pour mettre en scène son volontarisme -et effacer les critiques de couardises développées par les sarkozystes- la crise gouvernementale et économique actuelle fait figure de pain-béni.

«Retour au peuple oui, cohabitation non!»

«La seule croissance en vue est celle de l’autosatisfaction du président de la République et le phénomène Valls vient de se briser sur les réalités économiques et les ambitions personnelles», a-t-il lâché sous le regard approbateur de ses lieutenants, Jérôme Chartier, Valérie Pécresse et Eric Ciotti. La situation est telle que «la dissolution de l’Assemblée nationale devient plausible», a-t-il assuré, ajoutant qu’en tant que «gaulliste», «le retour au peuple est toujours une solution». «Retour au peuple oui, cohabitation non!» a enchaîné d’emblée le député de Paris, arguant que «seule la présidentielle peut être le catalyseur» de la «révolution» dont la France «en situation d’urgence» a besoin.

Depuis mai 2012, «27 mois ont passé, 27 mois pour rien», a-t-il expliqué alors que sa voix commençait à s’enrouer. Et si rien n’a été fait, c’est parce que la gauche n’était pas prête a-t-il indiqué, surfant sur le seul "antisarkozysme", unique référence nette à l’ex-chef de l’Etat avec qui il est désormais en froid. «Il [Hollande] a fait une campagne pour plaire, pas pour agir. La réalité s’est imposée et les Français ont vu qu’ils avaient été bernés. N’oublions pas la leçon. Lorsque l’on sème des illusions, on récolte des désillusions», a-t-il sermoné. Or, lui, c’est la "vérité" qu’il veut dire aux Français en développant son projet de rupture: réduction des dépenses de 100 milliards d’euros, fin des 35h, hausse de la TVA pour faire baisser «fortement» le coût du travail, réduction de 20% du nombre de fonctionnaires et leur passage aux 39h, suppression de l’ISF. Et jusqu’à l’été prochain, il promet de décliner ses propositions sur tous les thèmes car il le jure, il faut «travailler sur le fond». «Certains ont cru bon de qualifier ce plan de "libéral", d’autres se sont demandé s’il était sage de présenter un programme si radical. Je me moque des étiquettes. Contre eux, je choisis le courage et l’action», a-t-il lancé, acclamé par la centaine de ses supporters.

Un caillou dans le jardin de Sarkozy

«C’est une révolution que j’assume. Il vaut mieux plus de souplesse, que toujours plus de chômage. La France a besoin de liberté, pas de posture électorale sur la justice sociale», a-t-il encore attaqué. Convoquant une nouvelle fois le général de Gaulle, il assure que «l’intérêt national commande maintenant des choix forts». Au contact des Français depuis dix-huit mois, François Fillon assure que «nos concitoyens sont prêts à prendre des risques». Peut-on «gagner en préconisant une réponse de choc? On vous dira non, moi je vous dirais oui, car le pays est lucide comme jamais, furieux de se voir trompé par les boniments. Nos concitoyens sont à la limite de la révolte», mûrs pour «un projet, un projet de vérité, de rupture et de rassemblement» qu’il incarnera, évidemment.

Quant à l’UMP, alors que les deux candidats déclarés à la présidence Bruno Le Maire et Hervé Mariton étaient présents à Rouez-en-Champagne, François Fillon s’est bien gardé de prendre parti, expliquant son soutien à «la nouvelle génération» et décrivant un futur président au rôle surtout organisationnel, «travail de redressement financier et fonctionnel, gérer les conséquences des enquêtes judiciaires».

Et pour finir, il a posé un caillou dans le jardin d’un Nicolas Sarkozy qui pourrait être tenté de revenir en politique par la présidence de l’UMP: «Cette élection ne doit pas être une primaire avant l’heure, ce serait risquer division et confusion.» Avant encore, il avait lancé une autre attaque en piqué, sur l’inventaire de ce qui a été fait pendant le quinquennat, ou plutôt ce qui n’a pas été fait. Une «question légitime», a-t-il dit et «ceux qui font mine de ne pas l’entendre ont peur de se remettre en cause», a-t-il prévenu.