Démission du gouvernement: Que vont devenir Filippetti, Hamon et Montebourg?

REMANIEMENT Si l'on est sûr de ne pas retrouver les trois ministres dans le prochain gouvernement que le Premier ministre doit former, le mystère plane sur l’avenir des trublions de l’ex-gouvernement Valls I…

Anissa Boumediene

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Les trois ex-ministres Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, à l'Assemblée nationale.
Les trois ex-ministres Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon, à l'Assemblée nationale. — WITT/SIPA

Deux ans, trois mois et neuf jours, c’est le temps qu’auront tenu Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti, ministre de l’Economie et du redressement productif pour l’un et ministre de la Culture pour l’autre. Ancien ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire sous Ayrault, Benoît Hamon lui, n’aura pas tenu cinq mois dans ses nouvelles fonctions. Nommé ministre de l’Education nationale début avril dans le gouvernement Valls I, il prépare ses cartons sans même avoir fait sa rentrée scolaire.

Filippetti redevient députée

Entre «la loyauté à ses idéaux» et le «devoir de solidarité» gouvernementale, Aurélie Filippetti a fait son choix. Sitôt l’annonce de la démission du gouvernement tombée, celle qui était encore ministre de la Culture déclarait dans une lettre adressée aux deux chefs de l’exécutif, François Hollande et Manuel Valls, «ne pas être candidate à un nouveau poste ministériel».

Embourbée dans le dossier des intermittents du spectacle, qu’elle n’a pas pu mener comme elle l’entendait, et notoirement agacée de la baisse du budget alloué à son ministère, Aurélie Filippetti a préféré jeter l’éponge et quitter le gouvernement de son ami Manuel Valls.

Vraisemblablement, Aurélie Filippetti devrait faire son retour dans un mois à l’Assemblée nationale, sitôt que son suppléant Gérard Terrier lui aura rendu son siège de député. Il est très probable que la politicienne, également romancière, en profite pour reprendre la plume.

Hamon sur les bancs de l’Assemblée

«Je ne participerai pas au nouveau gouvernement», révélait Benoît Hamon lundi soir sur le plateau du JT de France 2. «Il aurait été incohérent, alors que j’ai exprimé un désaccord, que je reste», poursuivait-il. C’est donc sur les bancs de l’Assemblée nationale que l’ex-ministre devrait faire sa rentrée.

Invité d’honneur de la Fête de la rose donnée par Arnaud Montebourg à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire) ce dimanche, il en avait profité pour faire entendre sa façon de penser dans les colonnes du Parisien en déclarant être «pas loin des frondeurs».

Benoît Hamon devrait lui aussi récupérer son siège de député de Trappes (Yvelines), après deux années passées dans un gouvernement dont il ne partageait pas toutes les orientations.

Et si Montebourg se préparait pour 2017?

«Que vais-je faire de cette liberté retrouvée?», s’interrogeait Arnaud Montebourg ce lundi au cours d’une conférence de presse à Bercy. C’est là toute la question. Dégagé de tout mandat - il n’est plus à la tête du conseil général de Saône-et-Loire et il ne s’est pas représenté aux dernières législatives – l’ex ministre de l’Economie a rappelé qu’il «ne s’apprê [tait] pas à en solliciter d’autres», lui qui déclarait il y a tout juste un an dans M, le magazine du Monde, qu’il en avait «marre des élections». «Je ne me représenterai pas, confiait-il. Après le ministère, j’arrête la politique, en tout cas comme une carrière».

De là à y voir une retraite politique, il n’y a qu’un pas. Qu’il ne faudrait pas franchir trop vite… Fort des 17 % qu’il avait atteints à la primaire socialiste en 2012, en troisième position derrière François Hollande et Martine Aubry, Arnaud Montebourg n’exclut pas de retenter sa chance aux primaires pour se hisser au plus haut sommet de l’Etat. «J’ai échoué la première fois, ça ne veut pas dire que j’échouerai la seconde», confiait-il l’été dernier à une journaliste du New York Times qui faisait son portrait. Ses critiques à l’égard de la politique économique du président, rappelant sa position à la gauche de la gauche, pourraient lui servir à prendre la tête du mouvement des frondeurs et incarner l’aile gauche du PS. La première pierre d’une pré-campagne présidentielle.

Mais pour l’heure, Arnaud Montebourg prévoit de militer pour le «made in France» et de «retourner travailler parmi les Français», peut-être en endossant de nouveau la robe d’avocat, lui qui est loué pour ses qualités d’orateur. «Je vais prendre exemple sur Cincinnatus», déclarait-il lundi. «Ce général romain qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues». Avant d’être rappelé, en homme providentiel, pour sauver Rome du chaos.