Crise politique: Il faut «préparer les militants socialistes à cette grande révolution copernicienne qu’est la social-démocratie»

INTERVIEW Le député Pascal Terrasse, l'un des membres du pôle des réformateurs du PS, explique que même si la politique qu'ils défendent a été choisie par le gouvernement, leur «rôle est de convaincre»...

Propos recueillis par Maud Pierron

— 

Le député PS de l’Ardèche, Pascal Terrasse.
Le député PS de l’Ardèche, Pascal Terrasse. — DR

Ils se retrouvent à Lyon (Rhône), ce mardi, autour de Gérard Collomb. Le pôle des réformateurs du PS apparaît aujourd’hui comme le grand gagnant de la clarification gouvernementale, après l’éviction des ministres frondeurs. Et pourtant, leur ligne politique est loin d’être populaire au sein du PS. Pascal Terrasse, député de l’Ardèche et ex-président du Conseil général, explique à 20 Minutes la démarche de ces élus parmi lesquels on trouve notamment le maire de Lyon Gérard Collomb, le Parisien Christophe Caresche, ou encore le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.

Pensez-vous que le couple exécutif a bien fait de démissionner le gouvernement pour sortir les ministres frondeurs?

Depuis 2012, nous avions deux lignes au sein du gouvernement: une qui souhaite un peu plus de rigueur et de souplesse sur le marché de l’emploi, l’autre, moins réformatrice, favorable à plus de dépense publique et à une politique de la demande. François Hollande pensait qu’elles pourraient se rejoindre, mais elles se sont affrontées. Hollande et Valls ont donc bien fait. C’était nécessaire, utile et salutaire. Il fallait crever l’abcès pour rendre la politique du gouvernement cohérente. Arnaud Montebourg est un peu le Ribéry de l’équipe de France en 2010: Arnaud Montebourg est brillant, mais il met son talent à la disposition de lui-même plutôt que de l’équipe.

Vous lancez votre club réformiste au moment où cette ligne est réaffirmée fortement par le gouvernement, vous devez être satisfaits…

Mais nous avions lancé l’idée de notre club réformiste il y a un an, bien avant l’arrivée de Manuel Valls, avec l’objectif de rassembler des responsables politiques, des experts, des philosophes, pour montrer que l’entreprise ne peut pas être l’ennemie du socialisme. Si nous voulons une politique de cohésion sociale et de redistribution, il faut que l’entreprise se porte bien puisqu’elle crée des emplois. En cette période de réduction des dépenses, nous pensons que la dépense publique doit d’abord aller vers les investissements plutôt que vers le fonctionnement. Nous serons très vigilants lors du vote du budget à l’Assemblée. Enfin, nous pensons que l’Etat doit avoir une véritable politique en matière d’accessibilité au logement.

Diriez-vous que votre ligne est majoritaire parmi les députés PS?

Je ne peux pas le dire aujourd’hui. Une tribune circule en ce moment, lancée par Bruno Le Roux et Christophe Borgel sur le thème: «Ni godillots, ni déloyaux», qui doit être publiée avant La Rochelle. Je ne l’ai pas signée parce que je ne souhaite pas entrer dans un débat frontal avec les frondeurs. Elle réunit environ 200 députés: on peut imaginer que le texte des 200 n’est pas signé par tous les députés solidaires. La liste n’est donc pas exhaustive. Au-delà du texte, l’épreuve de vérité sera le vote du budget et ma voix ne manquera pas.  

Vous apparaissez comme les grands gagnants alors que votre ligne n’a jamais été plébiscitée au sein du PS, ou même lors de la primaire PS puisque Manuel Valls avait récolté moins de 7% des voix…
C’est vrai que c’est notre ligne qui est aujourd’hui choisie par le gouvernement et nous en sommes satisfaits. Mais notre rôle n’est pas d’apparaître comme les grands gagnants de l’affaire, notre rôle est de convaincre. Le but n’est pas d’être un courant du PS mais de préparer l’avenir. Car la gauche peut mourir si elle est dans l’incapacité de se réformer. Etre de gauche au 21e siècle, c’est possible mais il faut changer le logiciel qui date des 19e et 20e siècles. C’est le rôle que nous nous assignons: convaincre les Français et préparer les militants socialistes à cette grande révolution copernicienne qu’est la social-démocratie. Car notre objectif est de faire gagner la social-démocratie dans l’opinion.