Placé, de Rugy, Pompili: Qui sont ces trublions écolos qui n'excluent pas d'entrer au gouvernement?

POLITIQUE Malgré le refus officiel d’Europe Ecologie-Les Verts de réintégrer le gouvernement, quelques dissidents seraient susceptibles d’être séduits par un maroquin ministériel…

Audrey Chauvet

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Barbara Pompili, François de Rugy, Jean-Vincent Placé et la secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse le 14 mai 2014 sur le perron de l'Elysée.
Barbara Pompili, François de Rugy, Jean-Vincent Placé et la secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse le 14 mai 2014 sur le perron de l'Elysée. — AFP PHOTO/ ALAIN JOCARD

«J’espère que la semaine prochaine vous me rappellerez pour me dire que les écolos sont très disciplinés!»: Sandrine Rousseau, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s’amuse presque des rumeurs qui courent sur l’entrée au gouvernement de membres de son parti. Malgré le refus officiel des écologistes de réintégrer le gouvernement version Valls 2, des trublions comme Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili ou François de Rugy seraient susceptibles d’accepter un poste «en leur nom propre», comme l’a précisé la secrétaire nationale d’EELV Emmanuelle Cosse ce lundi.

Trop risqué de se désolidariser du parti?

Cette liberté accordée aux membres du parti d’accepter un poste au gouvernement ressemble toutefois plus à une menace qu’à une tolérance: le député EELV des Français de l’étranger, Sergio Coronado, a été encore plus clair, évoquant un «aller simple» pour ceux qui accepteraient des responsabilités ministérielles.

 

Sergio Coronado : "François Hollande fait un pari risqué" - Le 25/08/2014 à 20:08

Daniel Boy, directeur de recherché à Sciences Po et spécialiste de l’écologie politique, estime que se désolidariser du parti serait risqué: «Cela les mettrait dans une position très délicate vis-à-vis du mouvement, analyse-t-il, d’autant plus s’il s’agit d’un gouvernement d’ouverture vers le centre car pour les militants écologistes, le centre c’est la droite. C’est un gros risque politique de se couper d’un mouvement dans lequel ils ont fait toute leur carrière.» Ce risque, Sandrine Rousseau l’évoque prudemment: «Si l’un d’eux entrait au gouvernement, il faudrait discuter du statut de ces personnes au sein du parti», confie la porte-parole d’EELV.

«Les téléphones sonnent beaucoup» chez les écolos

Risqué donc, mais certains écolos aiment jouer avec le feu: ainsi, ce mardi matin, la co-présidente du groupe EELV à l’Assemblée nationale, Barbara Pompili, déclarait que «les téléphones sonnent beaucoup» chez les écologistes, tout en ajoutant qu’elle n’accepterait un poste ministériel que «si le gouvernement fait entendre qu’il a compris la nécessité d’infléchir le cap».

 

Remaniement : Pressentie, Barbara Pompili reconnaît des contacts - Le 26/08/2014 à 09h37

Cette dissension avec le parti, pour qui la politique inflexible de François Hollande empêche toute entrée au gouvernement, ne date pas d’hier: Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et François de Rugy ont «toujours été favorables à la participation gouvernementale», commente Sandrine Rousseau. «Depuis que nous somme sortis du gouvernement, leurs seules prises de parole ont été pour dire que nous n’aurions pas dû. C’est pour cela que l’on suppose naturellement qu’ils puissent y rentrer.» Dans une interview accordée au JDD durant les Journées d’été des écologistes, François de Rugy avait ainsi déclaré que «Revenir au gouvernement, forcément la question se posera et elle peut se poser à tout moment», précisant que «la question des partis n'est pas le critère principal».

Verdir avec EELV ou par le centre

Snober les partis est un luxe que tous ne peuvent pas se payer: «François de Rugy est un homme qui n’a pas besoin des Verts pour être élu, ni d’un accord avec le PS. Il a sa propre circonscription», estime Daniel Boy. Quant au «cas» Jean-Vincent Placé, il est «à part», poursuit le spécialiste de l’écologie politique: «Il a une très forte ambition et une envie de pouvoir, c’est un homme pragmatique, et cela pourrait l’inciter à vouloir un ministère.» Toutefois, son entrée au gouvernement, aussi alléchante qu’elle puisse être, le mettrait clairement au ban d’EELV et priverait son parti d’un groupe écologiste au Sénat, puisqu’ils ne seraient plus que neuf à siéger au palais du Luxembourg.

Corinne Lepage, joker centriste

Alors, iront, iront pas? Chez EELV, on parie sur le fait que ces trublions n’oseront pas «parce qu'ils auraient quasiment tout le parti à dos et signeraient la fin de leur carrière politique à moyen terme, façon Fadela Amara ou Jean-Marie Bockel», confie un militant. Manuel Valls, qui tenterait de convaincre Jean-Vincent Placé en particulier de rentrer dans son gouvernement d’ouverture en ralliant les siens à la cause gouvernementale, pourrait bien se heurter une fois de plus au refus de ces alliés bien remuants. Pour verdir son gouvernement, il lui resterait alors un joker centriste, Corinne Lepage, qui a fait discrètement du pied au Premier ministre  ce lundi en déclarant dans Marianne: «Je ne demande rien, n’attends rien, mais il faut bien avouer que je suis proche de la ligne de Manuel Valls».