Démissionner le gouvernement maintenant, bonne ou mauvaise idée pour l'exécutif?

ANALYSE «20 Minutes» dresse la liste des aspects positifs et négatifs de la démission du gouvernement annoncée, ce lundi matin, par Manuel Valls…

Vincent Vantighem
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François Hollande et Manuel Valls le 15 août 2014 au Fort de Bregançon
François Hollande et Manuel Valls le 15 août 2014 au Fort de Bregançon — Bertrand Langlois Pool

On leur prédisait une rentrée politique «explosive». Manuel Valls et François Hollande sont servis. Une semaine tout juste après leur retour aux affaires, les deux hommes ont été contraints, ce lundi matin, d’annoncer la démission du gouvernement après les propos tenus par Arnaud Montebourg ce week-end.

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Alors que le nouveau gouvernement formé par Manuel Valls sera annoncé, mardi dans la journée, 20 Minutes dresse, avec l’aide du politologue Jérôme Sainte-Marie, la liste des aspects positifs et négatifs de cette décision.

Oui, il fallait démissionner le gouvernement car...

Cela réaffirme la cohérence de la politique économique choisie

«Il n’y aura pas de changement de cap!» Interpellé par les frondeurs qui réclament un changement de politique économique, Manuel Valls leur avait adressé une fin de non-recevoir dès le 17 août dans les colonnes du Journal du dimanche.

Arnaud Montebourg ayant mis en cause, lui aussi, ce week-end à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), la ligne de conduite du gouvernement, Manuel Valls et François Hollande sont donc cohérents en annonçant la démission du gouvernement.

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«C’est cette recherche de cohérence qui motive Manuel Valls, décrypte Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Polling Vox. Une cohérence entre la politique suivie et la majorité qui le soutient.» En clair, le tandem de l’exécutif ne pouvait se permettre de maintenir le cap qu’ils se sont fixé avec, dans leur gouvernement, des personnes décidées à ramer à contre-courant.

Manuel Valls doit faire preuve d'autorité

Patiemment, année après année, Manuel Valls a construit son image autour de l’idée d’autorité. Entraîné dans la spirale de l’impopularité de François Hollande, l’ancien député-maire d’Evry (Essonne) ne pouvait pas laisser son autorité naturelle mise à mal par les déclarations fracassantes de son ministre de l’Economie. Sans réaction, le Premier ministre aurait ensuite eu beaucoup de mal à faire passer sa politique auprès de la majorité.

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En présentant immédiatement la démission de son gouvernement, il apparaît donc toujours comme un leader intraitable capable de mener une politique choisie malgré les avis contraires.

Il faut rassurer les marchés financiers et l’Union européenne

L’annonce a été faite à Paris. Mais la tête de l’exécutif espère bien qu’elle sera entendue à Bruxelles. «L’annonce de cette démission sert surtout à rassurer les marchés financiers et l’Union européenne, analyse Jérôme Sainte-Marie. Ces derniers avaient des raisons d’être inquiets par les déclarations du ministre de l’Economie. N’oublions pas que le cap fixé est celui d’une politique de réduction des déficits.» Et c’est ce que souhaite avant tout l’Union européenne…

Non, il ne fallait pas car...

Cela va resserrer encore plus la base politique du gouvernement

«Les 11% obtenus par Mélenchon n’étaient déjà pas dans le gouvernement; les écolos n’y sont plus depuis quelques mois; aujourd’hui la base politique va se resserrer encore plus avec le départ de l’aile gauche», poursuit Jérôme Sainte-Marie.

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En évinçant probablement Arnaud Montebourg et Benoît Hamon du gouvernement, Manuel Valls réduit son équipe à la partie réformatrice du parti socialiste. «Cela fait moins que le parti socialiste lui-même et donc moins que la gauche dans son ensemble», analyse le président de Polling Vox. Surtout, cela va donner un peu plus d’oxygène à la gauche de la gauche, désormais totalement libre de dire ce qu’elle pense vraiment de la politique menée par François Hollande.

Cela va ouvrir la voie à des mouvements sociaux

Cette décision pourrait donner un peu d’énergie à d’éventuels mouvements sociaux dès cette rentrée. En maintenant, vaille-que-vaille, le cap vers une politique économique très critiquée, le gouvernement pourrait voir son électorat de base se rebiffer.

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«La fonction publique pourrait décider de mouvements d’ampleur, poursuit Jérôme Sainte-Marie. Il s’agit du cœur de l’électorat de gauche. Comme François Hollande ne mène pas la politique qu’il avait annoncée lors de sa campagne, les fonctionnaires pourraient descendre dans la rue, estimant que le gouvernement a des comptes à lui rendre.»

Ça va lancer dès maintenant le combat pour la présidentielle de 2017

Cela pourrait paraître anecdotique mais nous assistons peut-être aujourd’hui au lancement de la présidentielle de 2017 à gauche. «On est à trois ans de l’échéance. Mais, on a déjà l’impression qu’il y aura forcément deux candidatures à gauche. L’une incarnée par le parti socialiste traditionnel et une autre plus à gauche. La question est de savoir si elle sera incarnée par Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon», s’interroge Jérôme Sainte-Marie.