Primaires UMP: Alain Juppé est-il trop vieux pour être président de la République?

POLITIQUE L'annonce de sa candidature pourrait relancer un débat sur son âge...  

Thibaut Le Gal

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Alain Juppé le 19 mars 2014 à Bordeaux
Alain Juppé le 19 mars 2014 à Bordeaux — Nicolas Tucat AFP

«Parfois, les vieux lions rugissent encore», s’amusait Alain Juppé en septembre, à l’idée d’une candidature aux élections présidentielles. Depuis mercredi, c’est officiel. Le maire de Bordeaux sera bien candidat à la primaire UMP de 2017. Lors de la campagne, un débat pourrait être relancé: Alain Juppé est-il trop vieux pour devenir président de la République?

L’argument a déjà été utilisé par ses détracteurs avant qu’il se lance dans la bataille. «Si vous regardez bien sa date de naissance, vous verrez quel âge il aura en 2017 et vous verrez si c’est l’âge pour être candidat pour la première fois à la présidence de la République», s’agaçait Patrick Balkany sur le plateau de LCP en 2013. Alain Juppé aura alors 71 ans.


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Avec Jacques Chirac, François Mitterrand, et Charles de Gaulle, l’Elysée a déjà accueilli des septuagénaires. «Il s’agissait à chaque fois d’une réélection», prévient toutefois l’historien et politologue Jérôme Grondeux. «Ce serait donc inédit dans l’histoire de la Ve République pour un premier mandat».

Une attaque suicidaire électoralement

«Par deux fois, les fins des présidences [Mitterrand et Chirac] ont été marquées par une dégradation de la santé du chef de l’Etat», ajoute Jérôme Grondeux. «Un chef politique a l’âge de ses artères», assure le politologue Thomas Guénolé. «Ce qui compte, c’est son état de santé». Un argument déjà utilisé par le maire de Bordeaux lorsque Nicolas Sarkozy l’avait attaqué sur son âge. «Il vaut peut-être mieux un sexa en forme qu’un quinqua amorti».

Peu d’acteurs politiques osent d’ailleurs s’avancer sur le terrain des années. «C’est un argument casse-gueule car la majorité de l’électorat français a plus de cinquante ans et pourrait se sentir visé. Les sarkosytes devraient faire attention, car le malaise vagal de l’ancien président pourrait vite être ressorti», prévient Thomas Guénolé.

«Ce serait une attaque suicidaire électoralement, abonde Jérôme Grondeux. Il faut se souvenir des propos de Lionel Jospin en 2002». Le candidat socialiste avait accusé Jacques Chirac d’être «fatigué, vieilli, victime de l’usure». «On avait alors parlé d’une gaffe du candidat socialiste», poursuit l’historien.

La figure du sauveur?

Placer un septuagénaire à l’Elysée à l’heure où l’Europe loue le dynamisme d’un matteo Renzi serait-il anachronique? «La norme pour accéder au pouvoir politique en France est de 60-65 ans depuis longtemps, sauf exception. Le rajeunissement des leaders politiques européens est une conséquence du rapport différent qu’ils ont à la défaite. Contrairement à la France, si vous perdez en Europe centrale ou en Europe du Nord, vous ne revenez pas, il y a un changement de leader», explique Thomas Guénolé qui précise. «A l’échelle de la vie politique italienne, Renzi est une anomalie. Il n’y a qu’à voir les éternels retours de Berlusconi.»

«Il existe en France des exemples des recours à des personnalités prestigieuses en âge de connaître une semi-retraite politique. Leur expérience et leur relatif dégagement du jeu politique national leur ont donné une réputation de sagesse. Je pense à Clémenceau en 1917, Pétain en 1940 ou De Gaulle en 1958», note Jérôme Grondeux.

A chaque fois, les situations étaient exceptionnelles. Alain Juppé pourrait-t-il profiter de son âge pour s’imposer comme un sauveur? L’historien reste sceptique. «Sa médiation dans la crise de l’UMP lui donne une figure de sage, d’homme de conciliation. Mais je ne suis pas certain que la dépression collective actuelle peut se muer en attente d’un sauveur.» Alain Juppé, lui, se tient prêt.