Livre de Cécile Duflot: «Les écolos ont un problème avec la culture de gouvernement»

INTERVIEW Le politologue Stéphane Rozès estime que le livre que Cécile Duflot s’apprête à publier pourrait même desservir EELV...

Propos recueillis par Floriane Dumazert
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L'ancienne ministre écologiste du Logement Cécile Duflot à l'Assemblée nationale le 17 juin 2014
L'ancienne ministre écologiste du Logement Cécile Duflot à l'Assemblée nationale le 17 juin 2014 — Dominique Faget AFP

La solidarité gouvernementale prend fin quand le ministre rend son maroquin. Cécile Duflot en est le dernier exemple. Depuis qu’elle a quitté le gouvernement, l’ancienne ministre du Logement a préparé un livre dans lequel elle raconte ses années «de l’intérieur». Au risque d’attaquer sans concession l’ancien ministre de l’Intérieur, «le mec de gauche qui tient des discours de droite», et même François Hollande, «le président de personne». Stéphane Rozès, président de CAP (Conseil, Analyse et Perspective) décrypte cette stratégie.

Quel est l’intérêt, pour Cécile Duflot, de s’en prendre aussi vivement à son ancien gouvernement?

Le but recherché par Cécile Duflot est clairement de se construire un espace en vue des prochaines échéances électorales. Elle veut ainsi très probablement essayer de se ressouder avec sa base. Sa présence, et celle des Verts plus généralement, au gouvernement avait générée des tensions au sein de sa formation politique.

EELV lui reprochait alors son inconstance, ou du moins, sa cohérence n’a pas été suffisamment explicitée. Pendant près de deux ans, Cécile Duflot est restée au gouvernement, malgré ses griefs.

Ce livre peut-il lui permettre de se rapprocher de sa formation politique?

Soit un homme politique est sur une éthique de responsabilités, soit sur une éthique de convictions. Le problème chez Cécile Duflot, c’est son inconstance. Un ministre n’attend pas un remaniement pour quitter le gouvernement s’il n’est pas en accord avec sa ligne.

La position de Cécile Duflot dans ce livre tient soit de l’angélisme, soit de la rouerie digne d’une lointaine classe politique. Elle essaye d’élaborer des plans pour justifier, a posteriori, sa décision de quitter le gouvernement. Mais sa base pourra toujours lui reprocher d’y être restée, malgré ses griefs. Je ne suis pas certain qu’elle parvienne à convaincre qui que ce soit avec ce livre.

Cette prise de position de Cécile Duflot peut-elle desservir EELV?

Quand il y a des tensions dans une formation politique, comme il y en a chez EELV, on s’en sort en ayant une vision. Ce livre montre, au contraire, un positionnement par à-coups. Il témoigne d’un manque de cohérence, de constance et de vision pour réussir à articuler une stratégie et une véritable tactique politique.

Mais avant même de publier son livre, le choix qu’a fait l’ancienne ministre de quitter le gouvernement accrédite l’idée que les écolos ont un problème avec la culture de gouvernement. C’était peut-être le signe d’un retour en arrière des Verts. Et aujourd’hui, même si Emmanuelle Cosse est désormais la présidente d’EELV, Cécile Duflot y a toujours des responsabilités. Alors je ne pense pas que ce livre soit une bonne solution pour le parti.

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