Primaire à l'UMP: «Alain Juppé coupe l’herbe sous le pied de Nicolas Sarkozy»

POLITIQUE La candidature du maire de Bordeaux, qui devance l'annonce d'un éventuel retour de Nicolas Sarkozy, est stratégique...

Thibaut Le Gal

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Alain Juppé, en novembre 2012, pour l'émission politique «Le grand rendez-vous».
Alain Juppé, en novembre 2012, pour l'émission politique «Le grand rendez-vous». — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Alain Juppé a franchi le Rubicon. Le coprésident par intérim de l’UMP a annoncé sa candidature à l’éventuelle primaire de l’UMP en vue de 2017. «J’ai décidé d’être candidat, le moment venu, aux primaires de l’avenir», annonce-t-il sur son blog ce mercredi dans une note intitulée «2017, bientôt…».

 

L’actuel maire de Bordeaux avait déjà évoqué cette hypothèse, mais l’officialisation surprend toutefois Thomas Guénolé, auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible. «Jusqu’à présent, Alain Juppé avait eu des velléités de présidence, à l’échelle nationale ou du parti, mais sans jamais aller au bout».

Le politologue avance deux exemples. «Avant les présidentielles de 2012, il avait évoqué la possibilité d’une candidature si Nicolas Sarkozy n’y allait pas. Sarkozy y était allé, Juppé avait renoncé. Il avait ensuite projeté de prendre le parti. François Fillon et Jean-François Copé ne l’avaient finalement pas soutenu. Alain Juppé avait jeté l’éponge.» Cette fois, l’éponge est un pavé, jeté dans le camp Sarkozy. «Le maire de Bordeaux est révulsé par le ton et les méthodes brutales des lieutenants sarkozystes. Ces pompiers-pyromanes sont allés très loin pour empêcher qu’un nouveau chef émerge, quitte à mettre en danger le parti», poursuit le politologue.

Le timing parfait

Cette annonce de candidature arrive à point nommé. Rentrée gouvernementale, morosité économique… mais surtout, elle prend de vitesse l’ancien président. «Nicolas Sarkozy avait déclaré à la télévision qu’il prendrait sa décision à la fin du mois d’août. La fin du mois d’août c’est la semaine prochaine. Juppé coupe l’herbe sous le pied de Nicolas Sarkozy», explique Thomas Guénolé.

La sortie du bois est stratégique. «L’ancien chef de l’Etat s’apprête, sauf surprise, à redevenir président de l’UMP. Or il ne veut pas d’une primaire pour les présidentielles de 2017. Avec la candidature de Juppé, président fondateur du parti, et autorité morale à droite, je vois mal comment il pourrait l’éviter», souligne le spécialiste.

Alain Juppé, le plus respecté à droite

Alain Juppé est donc un concurrent de poids pour Nicolas Sarkozy. «Les chiffres des enquêtes le montrent, c’est l’adversaire le plus consistant. Pour le peuple de droite, Sarkozy est le plus aimé, Alain Juppé c’est le plus respecté», note Thomas Guénolé.

Le maire de Bordeaux se pose en rassembleur d’une droite déchirée. «La première condition sera de rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre», note-t-il dans son blog. «Juppé est la meilleure incarnation du refus de lepénisation de l’UMP, la pomme de discorde principale entre la droite et le centre. Contrairement à Sarkozy, Juppé a toujours été droit dans ses bottes sur ces positions», précise le politologue.

François Fillon, le vrai perdant

Pourtant, les sondages sont clairs. L’ancien chef de l’Etat remporterait la primaire. Peu importent les conditions d’élection (ouverte ou fermée), et les hommes qui se dressent face à lui. Mais le terrain de bataille d’Alain Juppé n’est peut-être pas celui qu’on croit. «Il fait un pari: Nicolas Sarkozy ne pourra pas se présenter en raison des affaires politico-judiciaires. A ce moment-là, il deviendra le favori», pense Thomas Guénolé.

Et le vrai perdant pourrait s’appeler François Fillon. «C’était le principal challenger. Maintenant cette place est prise par le maire de Bordeaux», poursuit Thomas Guénolé. Le «meilleur d’entre nous», comme l’avait surnommé son mentor Jacques Chirac, pourrait alors voir son destin basculer.