Alain Juppé, «le meilleur d'entre nous» dans l'arène de la primaire

PORTRAIT Après plusieurs mois d’un faux suspense habilement entretenu, celui qui est considéré comme un des politiques les plus intelligents de sa génération a décidé d’abattre ses cartes en annonçant sa candidature à la primaire de l’UMP mercredi…

M.B. avec AFP

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Alain Juppé le 8 juillet 2014 au siège de l'UMP à Paris
Alain Juppé le 8 juillet 2014 au siège de l'UMP à Paris — Kenzo Tribouillard AFP

On n'est jamais mort en politique. Alain Juppé  qui se jette à nouveau dans la compétition politique en annonçant sa candidature à la primaire de l'UMP en vue de la présidentielle de 2017, a déjà vécu paradis et enfer: fils favori de Jacques Chirac, condamnation en justice, exil puis renouveau dans le coeur des Français.

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«Personnalité politique préférée des Français», réélu à Bordeaux en mars dès le premier tour pour un quatrième mandat et membre du triumvirat à la tête de l'UMP, l'ancien Premier ministre âgé de 69 ans a donc officialisé mercredi cette candidature, après plusieurs mois d'un faux suspense habilement entretenu.

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Surdoué de la droite

Longtemps considéré comme un surdoué de la droite, un des politiques les plus intelligents de sa génération - «le meilleur d'entre nous» dira son père spirituel Jacques Chirac -, s'est construit ces dernières années une image de «sage» au sein de l'UMP : ainsi, a-t-il joué les médiateurs, fin 2012, entre Jean-François Copé et François Fillon dans leur duel pour la tête du parti, avant de revenir sur le devant de la scène en 2014, accompagné cette fois des ex-Premiers ministres, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon, pour prendre avec eux la tête d'une UMP en lambeaux.

Abandonnant cette position de recours qu'il sembla un temps affectionner, le maire de Bordeaux a finalement décidé de se lancer, comme pour conjurer un défaut avoué en 2012: «Si j'ai un reproche à me faire, c'est de ne pas avoir été plus volontaire au moment de la candidature».

Cette fois, Alain Juppé peut compter sur une popularité nouvelle pour lui: depuis un an il est régulièrement l'homme politique préféré des Français, un résultat encore récemment confirmé par les Baromètres Les Echos-CSA (juin) et Harris (juillet). Et, dans sa ville, il a été réélu triomphalement, en mars, obtenant son meilleur score avec 60,9% des suffrages et raflant dans la foulée la présidence de la Communauté urbaine de Bordeaux. Il avait déjà élu premier tour en 1995, 2001, 2006 et 2008.

Image de la réussite technocratique française

Le grand et longiligne normalien, énarque et inspecteur des Finances, fils d'un agriculteur du Sud-Ouest né à Mont-de-Marsan (Landes), a incarné une image de la réussite technocratique française, de la filière publique de production des élites. Avec pour corollaire une réputation de raideur - à mi-chemin entre défense et orgueil - qui lui colle aux basques, même s'il s'est détendu ces dernières années.

Ancien membre du cabinet Chirac à Matignon, Juppé a collectionné depuis 1986 les postes ministériels, de ceux qui bâtissent un CV parfait pour la mandature suprême, diraient ses partisans: Budget, Défense, Affaires étrangères par deux fois notamment. Mais parvenu au sommet en tant que Premier ministre (1995 à 1997), son ambition de réforme (Sécurité sociale, retraite) se heurta à une vaste paralysie sociale, engendrée par grèves et manifestations. Pour finir dans l'échec cinglant de la dissolution de l'Assemblée nationale, en 1997.

«Je ne suis pas prêt à tout»

Alain Juppé, dont les détracteurs ont dit qu'il pouvait être trop cassant ou arrogant, revint pourtant, comme il est revenu de sa condamnation en 2004 à 14 mois de prison avec sursis et une année d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris (il s'exila alors un an au Québec). Comme il revint aussi après sa mise à l'écart du gouvernement de l'ancien président Nicolas Sarkozy, en 2007 (après avoir perdu une législative à Bordeaux), pour s'en réaffirmer pièce maîtresse en 2011, au Quai d'Orsay.

Un Sarkozy, partenaire-rival pour le leadership de la droite, au sujet duquel Juppé confia, à la reporter du Point Anna Cabana auteur d'une biographie en 2011: «Il me fait peur (...) Je ne suis pas comme lui, moi, je ne suis pas prêt à tout». Se démarquant de son principal rival en défendant l'union avec le centre, notamment le MoDem de François Bayrou, dont il est réputé proche, l'ancien Premier ministre a régulièrement exclu toute alliance avec le Front national.

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Interrogé en novembre 2012 sur l'avenir politique de Copé et Fillon après l'image désastreuse donnée par leur duel, Juppé répondait d'une pirouette qui pourrait aussi bien s'appliquer à lui: «En politique, il n'y a que la mort physique qui compte. (Sinon) il y a toujours des possibilités de résurrection.»