François Hollande garde le cap et souhaite «accélérer les réformes»

POLITIQUE Le point sur les annonces du chef de l'Etat ce mercredi dans une interview au journal «Le Monde»...

B.D. avec AFP

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Le président François Hollande le 15 août 2014 à bord du porte-avion Charles de gaulle pour les cérémonies du 70e anniversaire du débarquement allié en Provence
Le président François Hollande le 15 août 2014 à bord du porte-avion Charles de gaulle pour les cérémonies du 70e anniversaire du débarquement allié en Provence — Philippe Wojazer POOL

Une foule d'annonces pour la rentrée. François Hollande a lancé mercredi dans une interview au Monde une vaste contre-offensive en cette rentrée à hauts risques marquée par une situation économique calamiteuse, avec une batterie d'initiatives tous azimuts, au risque de bousculer sa majorité.

Mesures fiscales en faveur des foyers les plus modestes, professions réglementées, ouverture des magasins le dimanche, réduction du nombre de députés...  Le chef de l'Etat fait dans cette interview nombre d'annonces concernant diverses thématiques. Le chef de l'Etat entend «accélérer les réformes» quand le Premier ministre Manuel Valls affirmait encore ce weekend qu'il était «hors de question» pour son gouvernement de changer de politique.

Pacte de responsabilité

S'il réaffirme le «cap» du pacte de responsabilité et exclut «toute godille ou tout zigzag (qui) rendrait incompréhensible notre politique et ne produirait pas de résultats», François Hollande martèle qu'il faut «aller plus vite et plus loin». Confronté à la dégradation de la conjoncture économique, il soutient ne pas avoir «perdu un seul instant» mais insiste: «La crédibilité, c'est de ne pas rester immobile, c'est de s'adapter aux circonstances mais aussi de rester cohérent.»

Après les annonces concernant diverses mesures fiscales visant les foyers modestes, au centre de la communication du gouvernement ce mercredi matin, François Hollande a expliqué au Monde vouloir compenser la censure constitutionnelle du volet social du pacte de responsabilité, et a annoncé deux grandes réformes.

D'abord rendre «plus juste et plus simple» le barème de l'impôt sur le revenu, «notamment pour les premières tranches». «L'autre fusionnera la prime pour l'emploi et le RSA activité pour favoriser la reprise du travail et améliorer la rémunération des salariés précaires.»

Ces deux réformes «seront engagées dès la loi de finance pour une amélioration du pouvoir d'achat équivalente à ce qui avait été prévu initialement» par le pacte de responsabilité, précise François Hollande. Avant la censure des Sages, le pacte de responsabilité prévoyait un allègement de cotisations salariales de 2,5 milliards d'euros dont auraient dû profiter les ménages modestes l'an prochain.

Professions réglementées

Seconde annonce forte: la réforme hautement controversée des professions réglementées, confirme François Hollande. Elle fera l'objet dès septembre d'un «projet de loi sur le pouvoir d'achat» ,présenté par le ministre de l'économie Arnaud Montebourg. Ce texte «visera à accroître la concurrence dans les prestations offertes aux consommateurs, à faire baisser les tarifs et à lutter contre le maintien de certaines rentes et privilèges», spécifie le chef de l'Etat.

Entre autres mesures, il «adaptera la réglementation sur l'ouverture des magasins le dimanche», une question non moins controversée.

Dialogue social dans les entreprises

Le président a affirmé qu'il faut lever «des verrous» et «réduire les effets de seuil» dans la représentation des salariés dans les entreprises, réaffirmant que cela passera pas le dialogue entre syndicats et patronat, mais qu'en l'absence d'accord le gouvernement saisira le Parlement.

«Ma méthode, c'est la négociation. D'un côté, le patronat doit comprendre qu'une meilleure représentation des salariés dans les PME est indispensable. De l'autre, chacun doit admettre la nécessité de lever un certain nombre de verrous et de réduire les effets de seuil», a-t-il dit.

«Mais, laissons les partenaires sociaux avancer. S'ils aboutissent à un accord, il sera transposé dans la loi, comme nous l'avons fait pour le marché du travail et la formation professionnelle. Si ce n'est pas le cas, le gouvernement saisira le Parlement.»

Elections

François Hollande a confirmé qu'il était toujours favorable à une dose de proportionnelle pour les élections législatives, joutant qu'une telle réforme devrait être accompagnée d'une baisse du nombre de parlementaires. «J'avais indiqué pendant la campagne que j'étais favorable à l'introduction d'une part de proportionnelle», a déclaré le chef de l'Etat. «J'y suis prêt si une majorité peut s'accorder sur cette orientation, avec une réduction du nombre de parlementaires», a-t-il ajouté.

Quant à la question d'une candidature ou non du président sortant à une primaire de son parti lui pour 2017, elle lui est «totalement indifférente». «Pour les anciens (présidents, ndlr), je ne sais pas. Ce n'est pas à moi de le dire. En ce qui me concerne, cette question m'est totalement indifférente.»

«Ma préoccupation n'est pas de savoir comment je vais arriver en 2017 à présenter une éventuelle candidature mais comment redresser le pays d'ici là», ajoute le chef de l'Etat. La question se posera-t-elle en 2015? 2016? «C'est au parti socialiste d'y répondre», conclut-il. Plusieurs voix au PS, notamment au sein de l'aile gauche, ont réclamé la tenue d'une primaire pour désigner le candidat de 2017.

Parti socialiste

Interrogé sur le message qu'il veut faire passer avant l'université d'été du PS à La Rochelle la semaine prochaine, François Hollande répond: «Qu'ils restent unis. C'est la condition première pour convaincre. Qu'ils mesurent ce que nos victoires de 2012 nous obligent à faire pour être à la hauteur de notre tâche. Qu'ils comprennent et surmontent les défaites pour être capables de l'emporter à la fin.»

«Le jugement en 2017 sera à la fois porté sur le président, le gouvernement et sa majorité. C'est ensemble que nous réussirons», a-t-il ajouté, soulignant que «la constance, c'est la confiance» et assurant que «le respect entre le gouvernement et sa majorité doit être mutuel». Alors que les socialistes «frondeurs» réclament un changement de cap, il assène: «Le débat ne peut pas rebondir sur chaque texte. Les choix ne peuvent être rediscutés à chaque fois qu'un indice trimestriel est connu.»

Au PRG, qui menace de quitter le gouvernement en raison de désaccords sur la réforme territoriale en cours d'examen au Parlement, le président rétorque: «La réforme territoriale est attendue depuis trop longtemps pour une fois pour y renoncer.» «Sur les conseils généraux, un délai de cinq ans a été laissé pour imaginer des solutions adaptées aux départements ruraux», rappelle-t-il.

Union européenne

Interrogé sur la fin de non-recevoir opposée par l'Allemagne à ses appels à une réorientation des politiques européennes en faveur de la croissance et de l'emploi, il répond par le refus d'un «face à face» avec Berlin. «Il s'agit d'un débat européen», fait-il valoir, réclamant une nouvelle fois que «toutes les flexibilités prévues par les traités en cas de circonstances exceptionnelles» soient exploitées afin d'«adapter» le rythme des réduction des déficits publics.

Ceux-ci, a admis le ministre des Finances Michel Sapin, dépasseront les 4% du PIB cette année, ce qui exclut de facto un retour aux 3% en 2015 comme la France s'y était engagée.

Situation internationale

Jugeant que la situation internationale est «la plus grave que nous ayons connue depuis 2001», et que le monde doit en prendre «toute la mesure», le président annonce qu'il proposera prochainement «une conférence sur la sécurité en Irak et la lutte contre l'Etat islamique» (EI).

«Nous devons envisager une stratégie globale contre ce groupe qui s'est structuré, qui dispose de financements importants et d'armes très sophistiquées, et qui menace des pays comme l'Irak, la Syrie ou le Liban», ajoute-t-il. «Nous devons faire face, non pas à un mouvement terroriste comme Al-Qaida, mais à un quasi-Etat terroriste, l'Etat islamique. Nous ne pouvons plus nous en tenir au traditionnel débat, intervention ou non-intervention», déclare aussi François Hollande.

Interrogé sur un supposé «manque d'autorité» du président américain Barack Obama, le chef de l'Etat déclare qu'on s'est « longtemps (...) plaint de l'hyperpuissance américaine et de son interventionnisme multiple. Nous serions mal placés pour reprocher à Barack Obama une trop grande timidité».