Université d'été EELV: Les écologistes cherchent toujours leur place dans la majorité

POLITIQUE L’ambiance s’annonce lourde….

Maud Pierron
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Le sénateur Jean-Vincent Placé (EELV) a estimé jeudi que les écologistes en avaient "trop fait" dernièrement en "donnant une image de chasse aux portefeuilles" ministériels.
Le sénateur Jean-Vincent Placé (EELV) a estimé jeudi que les écologistes en avaient "trop fait" dernièrement en "donnant une image de chasse aux portefeuilles" ministériels. — Fred Dufour afp.com

Pour sa rentrée politique, EELV a décidé de célébrer les 40 ans de l’écologie politique et René Dumont, son premier candidat à la présidentielle. Mais ce sont surtout les six derniers mois mouvementés du mouvement, aux claquements de portes nombreux et aux résultats électoraux décevants, qui devraient agiter les journées d’été de Bordeaux (Gironde) qui s’ouvrent ce jeudi. Et s’il y aura bien quelques moments légers, comme la remise du prix «castor» du vêtement le plus écolo, qui mettra aux prises les bottes en caoutchouc de Jean-Vincent Placé avec la robe à fleurs de Cécile Duflot, l’ambiance devrait être lourde.


En cause, toujours et encore, la sortie du gouvernement des écologistes qui divise au sein du mouvement, certains accusant Cécile Duflot et Pascal Canfin d'avoir joué en solo sur ce coup-là, et la place des écologistes vis-à-vis de la majorité. «Il va y avoir un débat de confrontation politique», prévient Christophe Rossignol, conseiller régional dans le Centre, et qui soutenait la participation au gouvernement, comme, assure-t-il «80% des sympathisants». Pour lui, le parti est à la croisée des chemins entre le choix «de la responsabilité» et «le risque de NPA-ïsation».

Le tandem clé Duflot-Placé s’est séparé

«Vous parlez de 15 grincheux qui sont dans les derniers 20% qui soutiennent toujours Hollande et qui parlent d’électeurs fantômes», rétorque Alexis Braud, élu local à Allones (Sarthe) rappelant que le conseil fédéral avait approuvé la décision de sortir du gouvernement. «C’était a posteriori. On n’avait d’autre choix que d’entériner ou déjuger», rappelle Christophe Rossignol.

Circonstance aggravante de ce débat, c’est qu’il est incarné par ce qui a été le tandem majeur -infernal pour certains- d’EELV: Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, ce dernier militant haut, fort et régulièrement pour un maintien au gouvernement. «Moi je vous le dis très sincèrement, la place des écologistes, elle est aux responsabilités. On est dans une période où tout le monde doit avoir les mains dans le cambouis», a encore répété le sénateur sur Europe 1 mardi. «Si on veut tracer des perspectives pour l’écologie, il faut solder ce débat. Vu la période chaotique, on doit être dans une logique d’ouverture plutôt qu’être tenté par le repli et la solution simple d’être dans le commentaire plutôt que dans l’action», plaide Christophe Rossignol.

Rester au gouvernement, ça aurait été une preuve de «maturité et de responsabilité», juge-t-il, sans que cela empêche de critiquer certaines décisions. Il donne un exemple: «Sur la transition écologique, on doit soutenir Royal et tenter le rapport de force avec les associations écologistes. Etre sur les deux fronts. Je ne crois pas aux grands soirs mais aux petits matins, on fait bouger au fur et à mesure les choses.»

Une «alternative à l’UMPS»

Une «position minoritaire» au sein du parti, répète Alexis Braud, pour qui il est impossible de soutenir un «gouvernement qui s’entête dans ses mauvaises décisions, qui va dans le mur en accélérant». Pour lui, l’exécutif s’est «coupé des réalités, de l’électorat et a quitté la majorité». Cécile Duflot n’a pas dit mieux, et dira probablement plus dans son livre à paraître lundi, De l’intérieur, voyage au pays de la désillusion, qui revient sur son expérience au gouvernement… et qui préparera sûrement l’avenir.

Car solder le passé permet de préparer, déjà, 2017, où le débat est engagé entre ceux qui comme Jean-Vincent Placé, Christophe Rossignol, et bon nombre de parlementaires EELV souhaitent «une candidature unique avec un projet commun» et ceux qui plaident pour une candidature autonome malgré l’échec d’Eva Joly en 2012.

En l’état, la position de l’exécutif «annule toute possible collaboration en 2017», juge Alexis Braud. Pour lui, l’analyse globale doit changer et EELV doit mettre en place «une stratégie d’autonomie» puisque désormais, le PS a rejoint l’UMP dans les politiques libérales, et «'l’UMPS' du FN finit hélas par avoir un sens politique». Alors le rôle des écologistes doit «changer» et passer de «lanceur d’alerte à celui de porteur d’une alternative» qui pour l’instant, n’est incarnée que par le FN, explique-t-il. Pas si loin, finalement, des réflexions du Front de gauche, qui a bien tenté d’entamer un dialogue avec les écologistes pour tenter de monter cette «alternative» au PS. Sans succès pour l’instant, EELV restant dans le giron de la majorité, en votant majoritairement les textes clés à l’Assemblée.

Là encore, même si elle n’est plus n°1, c’est probablement Cécile Duflot qui a les clés: en 2012, elle avait confessé ne pas avoir «les épaules suffisantes» pour aller au combat présidentiel. Peut-être aura-t-elle d’ici 2017 matière à revoir son jugement.