Rentrée gouvernementale: «Nous sommes aujourd’hui dans une situation qui ne connaît pas d’équivalent depuis 1945»

INTERVIEW Sondeur et président de l’institut Polling Vox, Jérôme Sainte-Marie livre pour «20 Minutes» son analyse de la rentrée politique qui attend le gouvernement…

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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Paris, le 13 avril 2011. Jérôme Sainte-Marie, politologue et sondeur, a fondé l'institut Polling Vox.
Paris, le 13 avril 2011. Jérôme Sainte-Marie, politologue et sondeur, a fondé l'institut Polling Vox. — BERTRAND LANGLOIS / AFP

«Explosive.» «Sous tension.» «Brûlante.» C’est à croire que le dictionnaire ne contient pas assez de mots pour qualifier la rentrée politique qui attend le gouvernement de François Hollande. A la veille du premier Conseil des ministres de rentrée, 20 Minutes a demandé à Jérôme Sainte-Marie de livrer son analyse…

Les éditorialistes prédisent une rentrée politique «explosive». Mais finalement, ne l’est-elle pas chaque année?
Cela dépend sur quel plan on analyse les choses. Du point de vue purement politique, oui. Du point de vue social, c’est différent. Nous sommes aujourd’hui dans une situation qui ne connaît pas d’équivalent depuis 1945. Notre système est à bout de souffle. L’austérité va devenir une vraie réalité à partir de cette rentrée.

La menace pourrait donc venir de la rue, selon vous?
Non. Pour une raison très simple. Plus la crise est profonde, plus le chômage augmente, plus le pouvoir d’achat stagne, moins il y a de chances d’avoir des mouvements sociaux dans la rue. Aussi cynique que cela puisse paraître, la peur du chômage est un tranquillisant social.

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Les salariés du privé ne peuvent se permettre de perdre ne serait-ce qu’une journée de salaire pour aller manifester. Et ils ont peur de perdre leur emploi. La contestation se passe aujourd’hui dans plus les bureaux de vote que sur les pavés.

Qu’en est-il du secteur public?
Le secteur public qui bénéficie d’une relative sécurité de l’emploi pourrait manifester. D’autant qu’il s’agit du cœur de l’électorat de gauche. Nous voyons d’ailleurs les infinies précautions que le gouvernement prend vis-à-vis des enseignants. François Hollande sait qu’un blocage pourrait avoir un effet politique énorme.

C’est donc cela qui l’inquiète le plus?
Non. Ce sont les institutions européennes qui l’inquiètent. Que vont-elles lui demander en cas de blocage? La réduction des déficits est compromise. Dans ce cadre, c’est l’Europe qui peut contraindre la France à modifier sa politique et donc entraîner un blocage politique.

De quel ordre serait-il?
Difficile de prédire. Mais l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée n’est pas à exclure si la situation se crispe encore plus.


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La grogne des frondeurs, la perte du Sénat ne seraient donc que des événements anecdotiques?
Exactement. Les frondeurs n’ont fait qu’analyser la situation dans leur circonscription après les municipales. Beaucoup pensent déjà que leur circonscription est déjà perdue. D’où ce coup de barre à gauche afin de marquer une différence. Quant au Sénat, il est clair qu’il va basculer à droite.

Cela ne risque pas d’être l’étincelle qui embraserait cette rentrée?
Je pense que le feu prendra plus à Bruxelles qu’à Paris. Impossible de faire des prédictions sans passer pour un Cassandre. Mais le combustible est là. Il ne reste qu’à craquer l’allumette.

Cela pourrait-il profiter à Nicolas Sarkozy dont le retour est annoncé?
Les dernières élections ont montré une poussée du Front national et de l’abstention. L’impopularité de l’exécutif est telle que la crise dont nous parlons va se concrétiser. Nicolas Sarkozy peut en tirer profit en creux. On voit qu’il est stable, qu’il ne jouit pas d’une cote de popularité exceptionnelle.

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Mais la situation est telle que beaucoup d’experts prédisent aujourd’hui que le prochain président sera le candidat qui sera qualifié au second tour avec Marine Le Pen. Dans ce cadre-là, il pourrait s’agir de Nicolas Sarkozy.