Malgré la défiance record des Français, le gouvernement reste inflexible

ECONOMIE Le Premier ministre a jugé «irresponsables» ceux qui, de plus en plus bruyants à gauche, appellent à une autre stratégie...

M.B. avec AFP

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Le Premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande, le 15 août 2014 lors du passage de la patrouille de France à Toulon
Le Premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande, le 15 août 2014 lors du passage de la patrouille de France à Toulon — Alain Jocard AFP

Il reste droit dans ses bottes. Alors que plus de huit Français sur 10 n’ont plus confiance dans l’exécutif pour combattre efficacement un chômage record, relancer la croissance et réduire les déficits, pour Manuel Valls, le chef du gouvernement, il est «hors de question» de changer de politique.

 

Dans un entretien au Journal du Dimanche, le Premier ministre a même jugé «irresponsables» ceux qui, de plus en plus bruyants à gauche, appellent à une autre stratégie. Manuel Valls prône une nouvelle fois «un discours de vérité» et en appelle à la patience des Français: «La politique que le président de la République a décidé de mettre en œuvre nécessite du temps pour produire des résultats». Et d’invoquer le «pacte de responsabilité et ses 41 milliards de baisse du coût du travail (qui) vont véritablement entrer en œuvre maintenant».

Cote de popularité en berne

Problème: la cote de popularité de François Hollande est désespérément basse depuis plusieurs mois, restant autour - voire en dessous - de 20 % et entraînant dans sa chute celle du Premier ministre. Emploi, croissance, déficit: les engagements du chef de l’Etat n’ont pas été tenus. Maintes fois promise, l'«inversion de la courbe du chômage» a fait long feu. La croissance s’est révélée nulle au deuxième comme au premier trimestre. Quant au déficit public, il sera «supérieur à 4 % du Produit intérieur brut en 2014», a admis le ministre des Finances Michel Sapin.

L’objectif d’un retour à la norme européenne de 3 % en 2015 s’en trouve ainsi irrémédiablement compromis, contraignant l’exécutif à implorer la clémence de Bruxelles et de ses partenaires européens et à demander une réorientation des politiques de l’UE en faveur de la croissance et de l’emploi. Berlin a cependant déjà répliqué par un «nein» cinglant, alors que François Hollande espère rallier à sa cause les dirigeants européens sociaux-démocrates d’ici au sommet du 30 août.

Dernier engagement en date du chef de l’Etat, le maintien du rang économique de la France dans le monde sera bien difficile à tenir. «La France, cinquième puissance économique du monde (…) entend, par les réformes qu’elle engage, rester à ce niveau», a lancé François Hollande vendredi. Mais il lui faudra résister à la poussée des pays émergents: Inde, Brésil, Russie…

«Désillusion»

En attendant, constance ou obstination, le gouvernement s’attire une avalanche de critiques. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, dénonce sur Europe 1 une «erreur». «Il faut savoir réajuster une politique économique quand elle ne fonctionne pas, là visiblement, on ne réajuste pas», plaide-t-il, mettant en garde contre un climat social «tendu» qu’une «étincelle» pourrait embraser.

«Alors que les Français voient le mur arriver, Manuel Valls affiche sa détermination à nous mener droit dedans», a ironisé l’UMP Eric Ciotti.

L’ex-ministre UMP Laurent Wauquiez a de son côté estimé que «c’est la nullité de ce gouvernement et de la politique économique menée par le président de la République qui affaiblissent notre pays et le plongent dans une crise profonde».

Quant à Cécile Duflot (EELV), elle a emprunté au latin pour tweeter: «cuiusvis hominis est errare, nullius nisi insipientis perseverare in error» (tout homme peut se tromper, mais seul l’insensé persiste).

L’ex-ministre du Logement s’apprête, selon le JDD, à témoigner de son expérience au sein du gouvernement Ayrault dans un livre au titre évocateur: «Voyage au pays de la désillusion».