Réunion de travail à Brégançon: Les gros dossiers de François Hollande et Manuel Valls

POLITIQUE Le couple exécutif se retrouve vendredi 15 août au Fort de Brégançon pour une «réunion de travail» censée préparer la rentrer...

Maud Pierron

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Le président François Hollande (d) et le Premier ministre Manuel Valls à la sortie d'un séminaire gouvernemental au Palais de l'Elysée à Paris, le 1er août 2014
Le président François Hollande (d) et le Premier ministre Manuel Valls à la sortie d'un séminaire gouvernemental au Palais de l'Elysée à Paris, le 1er août 2014 — Dominique Faget AFP

Fin des vacances pour François Hollande et Manuel Valls qui se retrouvent vendredi 15 août au Fort de Brégançon pour une «réunion de travail» destinée à préparer la rentrée. Et le moins qu’on puisse dire est que celle-ci s’annonce périlleuse. Car les dossiers chauds se sont accumulés sur le bureau de l’exécutif au cours d’un été pourri.

Sur le plan économique

D’abord, sur le plan économique, le temps est au gris, maussade et sans perspective d’amélioration à court ou moyen terme. De quoi plomber le moral des Français mais surtout les finances de la France. La croissance est à zéro sur le premier semestre 2014, a annoncé l’Insee ce jeudi et le gouvernement a dû revoir à la baisse ses prévisions, tablant sur, au mieux, 0,5 % de croissance pour l’année. Et à peine 1 % pour 2015. Autant dire que ces sombres perspectives ne pourront améliorer la réduction des déficits promise par Paris à Bruxelles. Au lieu de le ramener à 3,8 % cette année et à 3 % l’an prochain, le gouvernement a prévenu qu’il risquait de dépasser encore 4 % cette année.

Quant au chômage, c’est toujours la grande dégringolade, avec +0,3 % demandeurs d’emplois en juin, soit 3,398000 chômeurs. Toutefois, l’emploi des jeunes repart à la hausse, une bonne nouvelle dans cet océan de mauvaises nouvelles. L’exécutif devra trouver autre chose que les promesses de «reprise» qui serait «là».

Avant de partir en vacances, le Premier ministre Manuel Valls avait prévenu début août que la rentrée serait «difficile en matière de conjoncture économique», et mis en garde contre un risque de déflation en France et dans la zone euro. Le scénario noir est corroboré par les derniers chiffres de l’indice des prix à la consommation, en baisse de 0,3 % en juillet.

Sur le plan politique

Le couple exécutif a plusieurs dossiers sur le feu. Il y a cette censure du Conseil constitutionnel sur un volet phare du pacte de responsabilité, dont Hollande a fait la clé de voûte du redressement de l’économie: l’allégement des cotisations salariales, qui devait rendre du pouvoir d’achat aux Français. François Hollande et Manuel Valls sont furieux car ils avaient fait viser le texte par le conseil d’Etat, qui n’avait rien relevé. Mais, le gouvernement va devoir tout de même revoir sa copie. Et il n’a pas encore tranché sur la manière de s’y prendre pour contourner cette censure et redonner une petite touche sociale à ce texte tourné vers les entreprises.

C’est évidemment le dossier le plus urgent sur lequel le couple exécutif se penchera mais un petit moment sera probablement accordé aux alliés du Parti radical de gauche qui ont décidé de se muer en frondeurs sur la réforme territoriale. Jean-Michel Baylet a poussé un coup de gueule et menacé que ses trois ministres estampillés PRG quitte le navire gouvernemental s’il n’était pas entendu sur un point en particulier: le maintien des conseils généraux dans les zones rurales. Jean-Michel Baylet sait de quoi il parle puisqu’il est président du Conseil général du Tarn-et-Garonne.

Ça peut prêter à sourire mais le PRG a un groupe parlementaire au Sénat comme à l’Assemblée, qui peut s’avérer bien utile au gouvernement pour faire passer des lois quand les frondeurs du PS décident de s’abstenir alors que la majorité absolue du PS ne tient plus qu’à un siège (290 députés).

Des frondeurs d’ailleurs, qu’il faudra surveiller de près, d’autant plus que Martine Aubry, qui était un peu leur mère spirituelle mais muette, s’est réveillée à l’occasion des débats sur les réformes territoriales pour tirer des flèches contre François Hollande et sa politique. D’autant que la loi de finance 2015 se profile à la rentrée

Sur le plan européen

François Hollande a voulu chercher un peu d’air du côté de l’Allemagne, alors que la France est susceptible d’être sanctionnée par l’UE pour non-respect de ses engagements sur les 3%, en réclamant à Berlin de faire un effort pour la croissance européenne. «Nous ne sollicitons pas de l’Allemagne une quelconque indulgence, mais nous lui demandons un soutien plus ferme à la croissance. Ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d’investir davantage. C’est le meilleur service que l’Allemagne peut rendre à la France et à l’Europe», a lâché le chef de l’Etat début août.

Mais Angela Merkel n’a pas bougé d’un iota, renvoyant la France dans les cordes: «Les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique. L’Allemagne est déjà une locomotive importante, la plus importante même pour la conjoncture de la zone euro», a répondu la porte-parole du gouvernement allemand. Mieux, le président de la Budesbank s’est permis de donner des leçons en matière économique à François Hollande, dans un entretien au Monde mercredi. Les derniers chiffres montrent que la croissance recule en Allemagne au deuxième trimestre, une situation un peu plus complexe pour la locomotive économique européenne qui ne devrait pas la pousser à encore un peu plus d’indulgence vis-à-vis de Paris, qui ne sera pas à même de tenir ses engagements budgétaires en 2014 et 2015.