Armes françaises en Irak: «Quelques mitrailleuses en plus ne vont pas changer les choses»

LIVRAISON D'ARMES AUX KURDES L’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, estime que François Hollande doit écourter ses vacances pour se mettre en relation avec les Européens sur la situation en Irak…

Propos recueillis par Floriane Dumazert

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Hervé Morin, président du Nouveau Centre, co-fondateur de l'UDI, le 22 janvier 2012 à Nice.
Hervé Morin, président du Nouveau Centre, co-fondateur de l'UDI, le 22 janvier 2012 à Nice. — B. Bebert/Sipa

Alors que la situation en Irak s’envenime, le président de la République a annoncé mercredi que la France livrerait des armes aux Kurdes, «pour soutenir la capacité opérationnelle des forces engagées contre l’Etat islamique». Si Hervé Morin salue cette décision, il reste très critique face à ce qu’il considère comme un manque de réactivité de l’Union européenne. Pour 20 Minutes, l’ancien ministre de la Défense souligne l’urgence de la situation et appelle les Européens à agir.

François Hollande a fait savoir que la France enverrait des armes aux Kurdes qui luttent contre l’avancée de l’Etat islamique. Soutenez-vous cette décision?

J’ai toujours demandé que l’on soutienne davantage les Kurdes. Je suis donc ravi de cette déclaration de François Hollande. Mais encore une fois, nous traitons ce dossier à l’envers: nous prenons des décisions seuls, au lieu d’essayer de construire une véritable position européenne. Ce ne sont pas quelques mitrailleuses en plus qui vont changer les choses. A notre niveau, nous ne pouvons pas faire grand-chose. L’armée française est déjà engagée sur d’autres terrains.

Si la France ne peut pas intervenir, à quel niveau peut-on s’organiser?

C’est au niveau européen que nous aurions plus de poids dans cette situation, notamment sur le soutien humanitaire et militaire. Il faut une vraie réaction européenne avant que l’Etat islamique ne prenne la main sur le pays. La situation est urgente, tout peut s’effondrer. Je veux que les Européens se remuent. L’armée irakienne a laissé ses équipements aux jihadistes. Désormais, ils encerclent Bagdad. Il est grand temps de réagir.

Le ministre des Affaires étrangères a qualifié la lettre ouverte adressée par le triumvirat de l’UMP à François Hollande «d’outrances» et a appelé au rassemblement des élus.

On ne peut pas se contenter de demander le rassemblement quand il y a autant de défaillances dans le système de prise de décision. Le gouvernement n’a pas été suffisamment réactif, et trop en retrait. En voyage au Kurdistan, Laurent Fabius a évoqué la livraison de livres!

Laurent Fabius a aussi demandé le retour de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, estimant que «quand il y a des gens qui crèvent, il faut revenir de vacances». Cette recommandation s’applique-t-elle à François Hollande?

Il serait nécessaire que les ministres du gouvernement se réunissent très rapidement et que François Hollande engage une concertation sur ce sujet irakien. Que le président rentre de ses vacances pour se mettre en relation avec les Européens serait la moindre des choses. Souvenez-vous de la crise géorgienne en 2008. A l’époque, Nicolas Sarkozy s’en était occupé pendant l’été. Il avait consacré une partie de ses vacances à ce dossier.