Dette de l’UMP: Les élus du parti vont devoir mettre la main au porte-monnaie

POLITIQUE Pour redresser les finances de l’UMP, plombées par une dette de près de 80 millions d’euros, les cotisations des élus du parti vont augmenter…

Anissa Boumediene

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Affaire Bygmalion, jets privés de François Fillon ou billets d’avion payés par le parti à Nadia Copé: le temps de la gabegie à l’UMP a laissé une addition salée. Avec une dette qui culmine à près de 80 millions d’euros, le parti d’opposition est au bord de la banqueroute. Au lendemain de la présidentielle perdue, les adhérents s’étaient montrés généreux en donnant 11 millions d’euros pour le «sarkothon» mais après la séquence scandales à l’UMP, ce n’est même pas la peine d’y penser. Alors pour renflouer ses caisses, le parti va faire les poches de ses élus.

Des cotisations doublées, voire triplées

Ainsi, à la fédération de Paris, un maire d’arrondissement qui versait 100 euros doit désormais payer une cotisation mensuelle de 280 euros. Un conseiller parisien voit sa cotisation mensuelle passer de 100 euros à 180 euros. La note la plus élevée revient aux eurodéputés, avec une facture mensuelle de 340 euros. «Jusqu’à présent, les élus devaient reverser au parti 3 % de leur indemnité nette, mais à Paris, nous étions un peu en deçà. Lors du bureau politique du 27 mars 2013, c’est passé à 5 %. Mécaniquement, certaines cotisations ont plus que doublé», explique Hervé Benessiano, trésorier départemental de la Fédération UMP de Paris.

Pour obtenir la transparence, elle refuse de payer

Mettre la main à la poche pour «contribuer financièrement au sauvetage budgétaire de [sa] famille politique», la députée UMP Bérengère Poletti n’y est pas opposée, au contraire. En revanche, pas question de signer un chèque avant que «la transparence [soit] la règle à l’UMP», a déclaré l’élue des Ardennes dans une lettre adressée au trésorier et à la direction du parti. «Nous sommes submergés aujourd’hui d’informations révoltantes concernant le comportement de nos anciens cadres de l’UMP. (…) Il semble que de nombreux élus, notamment d’anciens ou anciennes ministres, se soient totalement exonérés de la moindre participation à notre mouvement depuis des années. Ces mêmes élus ont pourtant visiblement bénéficié de dédommagements financiers incroyables pour lesquels les cotisations régulières des autres députés étaient mises à contribution», poursuit-elle sans donner de noms.

«Ceux qui tiennent ces propos prennent la situation transitoire de l’UMP comme prétexte pour ne pas payer, s’agace Hervé Benessiano. Il y a eu des faits, mais il ne faut pas abandonner le navire pour autant, sinon on va droit vers un Hollande/Le Pen en 2017», s’alarme-t-il.

Vers un «outing» des récalcitrants

Les élus parisiens de l’UMP seraient les bons élèves du parti, avec 50 % de membres entièrement à jour de leurs cotisations. Mais à ce jour, à peine 20 % des parlementaires sont en règle. La faute aux instances nationales du parti, qui n’assureraient pas suffisamment le contrôle des paiements. Alors pour forcer les récalcitrants à passer à la caisse, des voix s’élèvent à l’UMP pour que les noms des mauvais payeurs soient rendus publics. «Il faut la carotte et le bâton», assure Hervé Benessiano.

«En menaçant de divulguer les noms des récalcitrants et en les menaçant de ne pas leur donner l’investiture de l’UMP aux prochaines échéances électorales, on appuie là où ça fait mal pour les convaincre d’être solidaires avec leur famille politique», poursuit-il. Le comité stratégique du parti, qui compte une quarantaine de membres, se réunira à la rentrée, et «des noms pourraient suinter, prévient le trésorier départemental, l’omerta est terminée». Les premières sanctions, elles, pourraient tomber dès le début de l’automne.