Retour de Sakozy: La politique «par devoir» ou le mythe de l’homme providentiel

POLITIQUE Dans un entretien à paraître ce jeudi dans le magazine «Valeurs Actuelles», Nicolas Sarkozy explique que son éventuelle course à l’Elysée en 2017 ne serait pas motivée par l’envie mais par «le devoir»…

Anissa Boumediene

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Nicolas Sarkozy (UMP), candidat à la présidentielle 2012 s'adresse à ses militants après les résultats du deuxième tour, à Paris la "La Mutualité" le 6 mai 2012.
Nicolas Sarkozy (UMP), candidat à la présidentielle 2012 s'adresse à ses militants après les résultats du deuxième tour, à Paris la "La Mutualité" le 6 mai 2012. — Eric Feferberg AFP

«La première campagne présidentielle, on la fait toujours par envie et par désir. Pour un retour, le moteur, c’est le devoir.» Nicolas Sarkozy n’a pas dévoilé ses intentions pour la présidence de l’UMP dans les colonnes de Valeurs Actuelles, mais il pense déjà à un retour à l’Elysée en 2017 en se rasant le matin. Pour justifier un éventuel retour aux plus hautes fonctions de l’Etat, l’ex-président de la République invoque la notion de «devoir». Une posture que l’historien Jean Garrigues décrypte pour 20 Minutes.

Pourquoi Nicolas Sarkozy en appelle-t-il à la notion de «devoir» pour justifier son éventuel retour?

C’est la rhétorique classique de l’homme providentiel. Ici, Nicolas Sarkozy se place dans le rôle de Cincinnatus, un ancien chef politique romain appelé à la rescousse pour reprendre les rênes de Rome et qui, une fois sa mission accomplie, est retourné labourer ses champs.

En France, ce vocabulaire est coutumier depuis Bonaparte. Il y a presque cent ans, Clemenceau tenait le même discours. Puis il y a eu le maréchal Pétain en 1940 et enfin De Gaulle en 1958, venu au secours de la France gérer la crise avec l’Algérie. Le devoir de l’homme politique responsable en temps de crise est de se dévouer à la patrie. De cette posture sacrificielle naît la grandeur.

Ne peut-il pas simplement dire qu’il revient à la vie politique par envie?

Non, le retour rendu nécessaire par la crise est le seul discours possible qu’il peut tenir pour retrouver l’exercice du pouvoir. Pendant la campagne présidentielle de 2012, il avait annoncé que s’il ne remportait pas l’élection, il prendrait sa retraite politique. Il ne peut donc pas dire qu’il revient simplement par envie, ce serait en incohérence totale avec le discours sarkozyste, ce serait incompréhensible.

C’est aussi une posture qui va avec le personnage. Il y a une dramatisation dans le discours de Nicolas Sarkozy, qui aime à décrire une France paralysée, rendue impuissante à cause de la gauche au pouvoir. Ça lui laisse le champ libre pour se poser en sauveur, qui revient par dévouement. Mais on sait très bien que Nicolas Sarkozy a un appétit aiguisé du pouvoir, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi d’ailleurs. Mais on a quand même du mal à croire que celui qui déclarait avant la présidentielle de 2007 «penser à l’Elysée en [se] rasant» ne revienne que par volonté désintéressée de se sacrifier pour la France.

Cette stratégie peut-elle marcher pour conquérir l’UMP, puis l’Elysée en 2017?

Si cette rhétorique prévisible, cousue de fil blanc et grossière peut fonctionner, c’est bien à l’UMP. Aujourd’hui, l’envie ne suffit plus. C’était valable en 2007 quand il était le candidat naturel de la droite. Mais désormais, entre son parcours et les aspirations qui montent au sein de sa famille politique, où d’autres poulains avancent leurs pions, Nicolas Sarkozy doit trouver un moyen de se démarquer de ses compétiteurs, à commencer par François Fillon.

A l’échelle de son parti en pleine déconfiture, cette stratégie de se placer comme le sauveur qui se sacrifie pour sauver sa famille politique peut fonctionner. A l’échelle nationale, pour des aspirations plus élevées, c’est une autre histoire.