Retour de Nicolas Sarkozy: «Pour revenir, il faudrait déjà être parti»

INTERVIEW Dans un entretien à «Valeurs Actuelles», Nicolas Sarkozy explique n’avoir «pas pris de décision» pour la présidence de l’UMP, laissant encore planer le doute sur son retour en politique. Le politologue Thomas Guénolé analyse la méthodologie Sarkozy…

Propos recueillis par Anissa Boumediene
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En 2012, François Hollande montrait le chemin de la sortie de l'Elysée à Nicolas Sarkozy. Pour 2017, l'ancien chef de l'Etat a le scénario inverse en tête.
En 2012, François Hollande montrait le chemin de la sortie de l'Elysée à Nicolas Sarkozy. Pour 2017, l'ancien chef de l'Etat a le scénario inverse en tête. — L.BONAVENTURE / AFP

Nicolas à vélo, Nicolas en scooter avec Carla, Nicolas sur une plage publique avec les Français… Pas de trêve estivale pour Nicolas Sarkozy, qui truste encore nos écrans et nos esprits. Dernière carte postale en date, son interview accordée au magazine Valeurs Actuelles, à paraître ce jeudi, où, s’il dit n’avoir pas encore «pas pris de décision» pour la présidence de l’UMP.

Dans les rangs du PS, on s’agace des «minauderies» de Nicolas Sarkozy, qui «croit pouvoir tenir en haleine la France autour de son retour». Thomas Guénolé, politologue et auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible?, décrypte pour 20 Minutes la stratégie du faux retour de Nicolas Sarkozy.

Y a-t-il vraiment encore un doute sur le retour de Nicolas Sarkozy?

Cela dépend de quel retour on parle. S’il s’agit d’un retour à la vie politique, c’est impossible. Pour revenir, il faudrait déjà être parti! Il y a une différence entre se retirer de la vie politique pour de bon et rester omniprésent par ses «cartes postales» et via «Brice Hortefeux interposé». S’agissant de son retour à la présidence de l’UMP, en l’état actuel des enquêtes d’opinion auprès des sympathisants du parti, il suffirait a priori à Nicolas Sarkozy de se présenter pour être élu à la tête du parti cet hiver.

Il n’a pas encore annoncé ses intentions pour la présidence de l’UMP que Nicolas Sarkozy donne déjà l’impression d’avoir la présidentielle de 2017 en ligne de mire non?

Quand ça a la couleur d’une précampagne présidentielle, l’odeur d’une précampagne présidentielle et la saveur d’une précampagne présidentielle, alors c’est une précampagne présidentielle! Et cela fait deux ans que ça dure pour Nicolas Sarkozy, qui n’a cessé d’occuper le terrain.

A-t-il une chance?

Pour ce qui est de reprendre ses quartiers à l’Elysée, il y a deux obstacles majeurs. D’abord, les affaires qui le visent. Si une preuve incontestable qu’il a fait ou ordonné de faire quelque chose d’illégal est rapportée sur la place publique, c’est un coup d’arrêt à ses ambitions présidentielles. Et s’il fait l’objet d’une condamnation par la justice, c’est pareil. Sur le plan de la stratégie politique, il doit s’assurer de dépasser les 20 % au premier tour de l’élection pour avoir une véritable chance. Quel que soit le scénario, il s’imagine au deuxième tour face à Marine Le Pen. Mais pour réunir suffisamment de suffrages derrière lui au premier tour, il doit être le candidat unique de la droite et du centre pour la présidentielle. Et pour cela, il faut que la droite organise une primaire semblable à celle tenue par la gauche en 2007. A part ça, rien ne pourrait arrêter le bulldozer Sarkozy.

La stratégie qui consiste à draguer l’électorat d’extrême droite pourrait-elle payer?

Pour avoir ses chances, Nicolas Sarkozy doit réadopter la ligne politique qui a fait son succès en 2007, en s’adressant aux quatre droites: la droite libérale, celle du «travailler plus pour gagner plus», la droite gaulliste et sa politique de grandeur, la droite moraliste, au credo Manif’pour tous et la droite sécuritaire, celle des pains au chocolat de Copé. S’il a réussi cette synthèse entre 2005 et 2007, pendant son quinquennat et sa campagne de 2012, il ne s’est plus adressé qu’à la droite sécuritaire, incarnée par son discours de Grenoble et sa politique insufflée par Patrick Buisson. Or la grande erreur d’une partie de la droite et de Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir considéré que le vote FN était en pleine expansion. Et cela leur a coûté l’Elysée 2012. L’électorat FN n’est pas en progression, il s’est simplement mobilisé davantage, et on l’a vu aux élections européennes. Au maximum, il représente 14 % de l’électorat total. Ceux qu’il faut draguer, ce sont les grévistes du vote. Il est là le vivier de voix le plus important.