Jean-Luc Mélenchon: «J’aspire à ce que le niveau de pression sur moi baisse»

POLITIQUE Apparemment usé, le leader du Front de gauche veut prendre du recul, s'occuper de la matrice théorique pour laisser de nouveaux visages émerger...

Maud Pierron

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Jean-Luc Mélenchon à Paris le 25 mai 2014.
Jean-Luc Mélenchon à Paris le 25 mai 2014. — ICOLAS MESSYASZ/SIPA

Ça couvait depuis plusieurs mois, cette fois Jean-Luc Mélenchon vide son sac. Dans un riche entretien accordé au nouveau site Hexagone, l’ex-candidat à la présidentielle dit ne plus vouloir tenir les premiers rôles et constate l’échec du Front de gauche. 20 Minutes fait le point sur quatre thèmes majeurs.

Son avenir

Il sera différent. «J’aspire à ce que le niveau de pression sur moi baisse. Ça fait cinq ans que ça dure et ce n’est pas bon. On finit par ne plus raisonner aussi tranquillement qu’on le devrait», explique le sénateur de l’Essonne. A 62 ans, il aspire à laisser les premiers rôles à d’autres puisqu’il y a «plusieurs visages qui ont émergé à l’intérieur du Parti de gauche». Pour autant, il ne va pas se mettre en «retrait» mais plutôt «[s’]utiliser dans ce qu’[il] se croit capable de faire: la transmission idéologique, le travail intellectuel et culturel». J’ai fait mon temps à organiser la vie d’un parti. J’essaie de cristalliser quelque chose qui existe en dehors de moi. J’ai besoin de temps, je ne peux plus continuer comme cela», justifie-t-il. Mais avant de repartir sur du travail théorique, le leader du Front de gauche semble avoir besoin de repos: «J’ai besoin de dormir, de ne rien faire, de bayer aux corneilles».

Et l’avenir du Front de gauche?

Déjà, un constat: «Nous sommes en échec», annonce Jean-Luc Mélenchon. Les dernières municipales, où le Front de gauche a eu une stratégie à géométrie variable selon les villes, notamment lorsque le PC faisait alliance avec le PS, laissent le sénateur amer. «On a fondé le Front de gauche pour les Européennes de 2009 et à la suivante on passait devant le PS. Tout était en place. Tout ça a été planté pour une poignée de postes aux municipales», assène-t-il visant directement les communistes.

Du coup, il est temps d’appuyer sur pause car «si on court tout le temps, on va finir par se mettre dans le vide». Jean-Luc Mélenchon semble réellement avoir pris conscience de l’impasse dans laquelle était le Front de gauche avec «ce néant qu’a été l’élection municipale qui a complètement décrédibilisé ce qu’était le Front de gauche, explosé entre ceux qui ne voulaient pas d’alliance avec le Parti socialiste et ceux qui se sont vautrés dans cette alliance et «le poids du retour aux vieilles traditions partiaires, aux arrangements, aux accords électoraux». Pour lui, c’est ce qui a tué l’élan de la présidentielle, «l’insurrection» qui y était née. Car son but, toujours, «c’est d’aider à la naissance d’un peuple révolutionnaire».

Son rapport aux médias

Il explique simplement sa doctrine: «Si je n’avais pas ouvert les portes à coups de pied, qui me les aurait ouvertes? Personne. Donc je les ai ouvertes à coups de pied». Toutefois Jean-Luc Mélenchon reconnaît que si la «violence» lui a attiré des soutiens, elle a aussi fait de lui une cible. «C’est le tir à vue permanent pour essayer de m’isoler». Enfin, cette stratégie est venue percuter «l’ambiguïté qui est contenue dans le Front de gauche depuis le début», la ligne du PCF, «qui est plus institutionnelle, plus traditionnelle» et celle qui «pense que ça, c’est un monde qui est quasiment clos, qu’il faut construire et qu’on le fera progressivement à condition d’être autonome».

Son combat contre le FN

D’abord, il tient à appuyer sur un point: Marine Le Pen n’attire pas plus de voix que son père. Mais là où elle réussit, c’est dans la mobilisation de son électorat. «Aux Européennes, elle a remobilisé quatre millions de ses six millions d’électeurs. Les listes du Front de gauche ont remobilisé piteusement un million et demi sur les quatre millions», explique-t-il, taclant les campagnes «mauvaises, lamentables et tardives» du Front de gauche. Et si ça marche, si, en 2017, «elle a une chance, elle va y arriver» c’est parce que des «dirigeants du PS à commencer par François Hollande» y travaillent sciemment, pour s’assurer une réélection au second tour. Jean-Luc Mélenchon lui concède aussi du «talent».

D’après lui, «le volcan a éclaté, le cratère s’est ouvert du mauvais côté de la montagne» et ceux qui ont joué avec le feu s’en mordront les doigts, dit-il en substance. Il assure que Mélenchon récite des «morceaux entiers» du Front de gauche. «Leur ligne, c’est d’occuper l’espace politique de la gauche. Quel est l’espace politique de la gauche? C’est le peuple. Quel est le problème de la droite? C’est le peuple. Voilà pourquoi ils ont toujours fait comme ça», analyse-t-il.