Xavier Bertrand-François Hollande, le jeu des 5 ressemblances

DECRYPTAGE Le positionnement politique et la campagne de l’un semble inspirer l’autre…

Anne-Laëtitia Béraud

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Xavier Bertrand, député-maire UMP de Saint-Quentin, le 10 avril 2014 à Paris.
Xavier Bertrand, député-maire UMP de Saint-Quentin, le 10 avril 2014 à Paris. — Bernard Bisson/JDD/SIPA

Qu’est-ce qui rapproche l’ancien secrétaire général de l’UMP Xavier Bertrand à l’actuel président de la République? Finalement, pas mal de choses. 20 Minutes vous dit comment le candidat déclaré à la primaire à droite pour la présidentielle de 2017 pique certaines stratégies de François Hollande version 2011-2012…

1/L’élu du terroir se dressant face à l’élitisme bling bling parisien

Dans l’interview publiée par Libération ce jeudi, Xavier Bertrand revendique son statut d’«élu de Saint-Quentin», «pour le bon sens», qui n’est «pas formé dans le même moule» que les «technocrates» de Paris. Et affirme qu’il n’est «pas dans la revanche sociale», et ce malgré «beaucoup de moqueries», notamment sur son réveillon à Center Parcs… L’image d’un homme «normal» adoptée par Xavier Bertrand ressemble fort à celle de François Hollande lors de sa conquête de l’Elysée. Pendant sa campagne présidentielle, François Hollande a notamment joué de son ancrage d’élu de Corrèze, de sa vie de Français «moyen» face au bling bling incarné par Nicolas Sarkozy… mais aussi à Dominique Strauss-Kahn, épinglé peu avant sa chute pour son son air trop «washingtonien» et son utilisation d’une Porsche à Paris.

2/Le changement d’image

Xavier Bertrand a perdu beaucoup de poids, tel François Hollande entre 2010 et 2012. «Dans la conquête du pouvoir, le régime veut dire aux électeurs: je fais le sacrifice de ma personne, je suis en capacité de faire des efforts pour vous servir, et non me servir», rappelle Philippe Moreau Chevrolet, président et fondateur de l’agence de communication MCBG. «Accusé d’être mou, Xavier Bertrand veut ‘muscler’son image, gagner en aspérité et en agressivité. Pour faire de lui quelqu’un qui a une carure, un discours volontaire, une attitude à la Matteo Renzi, le dynamique chef de gouvernement italien». Comme pour François Hollande, le défi de Xavier Bertrand est de gagner en «autorité». Avec un point qui rassemble les deux hommes: ils savent attirer l’électoral rural et âgé.

3/Le champ lexical de la «justice»

Outre la critique des élites, Xavier Bertrand ajoute dans l’interview à Libération que la droite «n’a aucune chance de réformer si ce n’est pas dans la justice». Un mot prisé par François Hollande durant sa campagne, et qui est l’un des axes de son programme. Lors de son investiture, en mai 2012, François Hollande avait répété que «la justice» «guiderait» toutes les décisions publiques.

4/Un positionnement politique

Depuis plusieurs mois, l’opération menée par Xavier Bertrand est de «tuer le père», Nicolas Sarkozy, qui pèse largement sur la droite et l’UMP. Avant de donner la couleur de «sa» droite: «Ma droite n’est pas dure avec les faibles et les plus fragiles». Une droite sociale, un positionnement «à gauche», qui a été adopté par de nombreux candidats à la présidentielle. «Il y a évidemment François Hollande, mais aussi par Jacques Chirac, ou encore François Mitterrand en 1981», détaille Philippe Moreau Chevrolet. Pour le communicant, ce recours à la droite sociale s’explique par «la grande recomposition en cours avec le Front national. La droite se doit de proposer un discours qui ne se limite pas à la sécurité et à l’immigration. Xavier Bertrand a compris qu’il lui faut se réapproprier un discours social hérité de la démocratie chrétienne, qui n’oublie pas les pauvres. C’est intelligent car le FN est très fort sur ce thème qui parle aux catégories populaires».

5/La critique de l’Europe

Xavier Bertrand se définit dans l’interview de Libération comme «séguiniste», en référence à Philippe Séguin, l’ancien ministre et ancien président du RPR, qui s’était notamment illustré contre le traité de Maastricht lors d’un discours mémorable, le 5 mai 1992 à l’Assemblée nationale.

Cette critique de l’Europe n’est pas absente du discours actuel de François Hollande, qui a publié une tribune critique le 8 mai 2014. «L’Union déçoit. Elle révèle son impuissance face à un chômage (…). Elle est à la peine avec ses institutions et ses règles compliquées. Elle est décalée quand ses injonctions exigent des sacrifices au lieu de renforcer les protections.»

«A droite comme à gauche, le discours sur l’Europe évolue, devient plus critique, alors qu’il a été monopolisé jusqu’alors par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon», rappelle Philippe Moreau Chevrolet. «Là encore, Xavier Bertrand esquisse une nouvelle voie, propose autre chose que du ‘Patrick Buisson’[l’ancien idéologue très droitier de Nicolas Sarkozy ndlr]». Car dans une situation où l’UMP, dézinguée par la guerre fratricide Copé-Fillon, est à nouveau déstabilisée par les affaires et la concurrence des ambitieux, l’homme est en difficulté. «Avec les Laurent Wauquiez, Bruno Le Maire et autres, Xavier Bertrand a la tâche difficile de se différencier et de constituer son écurie», explique le communicant Philippe Moreau Chevrolet.