Yann Galut: «Si l’affrontement continue au PS, il y a un risque de chute du gouvernement»

INTERVIEW Le député PS du Cher a lancé avec trois autres députés une nouvelle sensibilité au PS, Cohérence socialiste...  

Propos recueillis par Maud Pierron

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Yann Galut, député PS du Cher.
Yann Galut, député PS du Cher. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Quatre députés PS, Yann Galut, Virginie Rabault, Karine Berger et Alexis Bachelay ont lancé un nouveau collectif au sein du PS, baptisé Cohérence socialiste. Entre la ligne strictement gouvernementale et celle des frondeurs, il y a une place. Et ils comptent l’occuper pleinement. Interview avec l’un des membres fondateurs, le député du Cher Yann Galut.

Pourquoi avez-vous senti la nécessité de lancer une nouvelle sensibilité?

Nous avons constaté ces derniers mois le blocage de nos institutions, que le Parlement était impuissant à prendre des décisions puisqu’elles viennent de l’Elysée. Et le débat politique s’est déplacé au sein du groupe parlementaire socialiste. Or, cela pose problème car le groupe PS devient le lieu de la confrontation des socialistes entre eux, ce qui créée une tension terrible.

Il y a une absence totale du PS depuis deux ans, donc il n’y a plus d’espace pour le débat. Toutes les décisions sont prises au sommet de l’Etat et nous, on les reçoit. Nous avons la volonté de dépasser l’affrontement entre ceux qui sont pro gouvernement et les frondeurs: il faut une cohérence et une synthèse qui ne peut se faire qu’au sein du Parti socialiste, qui doit redevenir un acteur.

Donc vous voulez vous battre pour que le PS reprenne la main?

Notre collectif a vraiment pour ambition de remettre le PS au centre du débat, de faire en sorte que les débats qui traversent la majorité y soient réellement posés et tranchés. Le parti ne doit pas être godillot, il doit produire des idées. On ne conteste évidemment pas que le chef de l’Etat prenne des décisions mais on conteste l’équilibre. En 1998, quand Lionel Jospin gouvernait, le PS était associé aux décisions.

En août vous allez sortir un livre intitulé «Contre la mort de la gauche». Manuel Valls tout comme des frondeurs évoquent cette mort de la gauche, avec des analyses différentes. Où vous situez-vous?

Nous avions déposé le titre de notre ouvrage huit jours avant que Manuel Valls fasse sa sortie! Mais oui la gauche peut mourir si elle ne tranche pas ses débats, s’il y a des divisions, si les incompréhensions persistent entre le peuple de gauche et la politique que nous menons. Le problème aujourd’hui, c’est qu’il y a des divergences profondes entre nous sur la politique économique, il faut qu’on puisse en débattre. Sauf qu’aujourd’hui, il y a des interdits, des débats impossibles, inexistants au PS, sur la politique économique, les institutions et l’Europe. C’est pourquoi nous demandons à Jean-Christophe Cambadélis d’organiser un congrès anticipé début 2015. Notre autre demande découle de cette réflexion: il faut organiser des primaires en 2017 pour désigner le candidat PS.

Sur certains constats, vous pouvez être proches des frondeurs. Comment vous situez-vous par rapport à eux?

Ce qu’ils disent n’est pas à écarter d’un revers de la main. Ils posent des questions intéressantes. On peut en effet parfois se retrouver, sur certains points, certains sujets mais nous avons des divergences profondes sur la méthode: le débat politique ne peut être tranché par des votes individuels à l’Assemblée. Là, on est dans une logique d’affrontements, où des socialistes votent contre d’autres socialistes, où on est toujours dans le psychodrame. Notre logique n’est pas que le gouvernement tombe. Or, si l’affrontement continue au sein du groupe PS, il y a un risque de chute du gouvernement.

Où se situe votre place alors?

Il faut retrouver un espace politique de régulation du débat politique. Entre un parti et des députés godillots et un parti et des députés frondeurs, nous pensons qu’il y a un espace central pour avancer des propositions économiques, politiques et institutionnelles.

Tous les quatre, vous êtes passés par le NPS de Montebourg-Peillon et Hamon, vous vous revendiquez d’une de ces personnalités?

Nous ne sommes les petits soldats de personne. Eux sont aux responsabilités, aujourd’hui personne n’occupe l’espace de débat, nous souhaitons le porter de manière centrale au sein du PS.

Ça passe par la présentation d’une motion au futur congrès?

On ne s’interdit rien. On verra l’offre politique à ce moment-là, mais c’est très envisageable.