100 jours de pouvoir dans les mairies FN et apparentées

POLITIQUE Quel premier bilan tirer de la gestion municipale du Front national et des formations apparentées?...

Anne-Laëtitia Béraud
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stephane ravier maire front national 7e secteur marseille
stephane ravier maire front national 7e secteur marseille — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Depuis trois mois, des maires Front national ou soutenus par le parti d’extrême droite dirigent onze communes françaises*. Avec un défi: celui de gérer l’expérience nouvelle du pouvoir, crédibiliser le parti, et faire table rase des erreurs des municipalités frontistes des années 1990.

>> Lire le reportage de 20 Minutes dans la ville frontiste de Mantes-la-Ville

«Nous sommes dans une gestion pragmatique, pas idéologique», explique Steeve Briois, secrétaire général du FN et jeune maire d’Hénin-Beaumont. Avec, pour «priorités absolues» dans ces villes, «la baisse des impôts, le renforcement de la sécurité et la propreté». «Il n’y a ni tutelle, ni autoritarisme, ni vision stalinienne pour nos maires qui gèrent de manière indépendante leur commune», ajoute encore Steeve Briois. Et cette liberté, plusieurs édiles en ont usé pour lancer des mesures qui ont créé la polémique.

«Le FN est arrivé à la mairie en marchant sur le cadavre des autres formations politiques»

Chasse au pauvre à Béziers (Hérault), par exemple, selon les détracteurs du maire Robert Ménard, élu avec le soutien du FN. Il propose de supprimer l’étude surveillée du matin pour les enfants de chômeurs, pour la remplacer par un «accueil». Au Pontet (Vaucluse), le maire décide la suppression de la gratuité de la cantine pour les plus pauvres, après avoir augmenté ses indemnités. Dans le 7e secteur de Marseille, le maire Stéphane Ravier interdit à ses fonctionnaires de parler une langue étrangère.

>> Lire l’interview de Dominique Sopo, président de SOS Racisme

A Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), il y a eu l’arrêt de l’usage gratuit d’un local municipal dont bénéficiait la Ligue des droits de l’homme a créé la polémique. «C’est pour se conformer au droit, afin de ne pas entraîner la mairie dans un possible recours pour un financement d’une association politisée», répond Steeve Briois.

Ces mesures ont été notamment relayées par des «comités de surveillance» constitués après les municipales dans les mairies frontistes. Ces groupes médiatisent, analysent, voire dénoncent des décisions prises lors des conseils municipaux. Avec, comme fil rouge, la volonté de remettre les clefs du débat politique aux citoyens. C’est le but de Romain Carbonne, à la tête du Comité de rassemblement et d’initiatives citoyennes (Cric) à Mantes-la-Ville (Yvelines). Le trentenaire, «ni syndiqué ni encarté», a vu «le FN arriver à la mairie en marchant sur le cadavre des autres formations politiques». Un «choc» qui l’a motivé a se lancer «dans la grande bataille pour inciter les gens à s’investir» dans la commune francilienne.

«Une contamination de la société par un état d’esprit»

Quelle trajectoire espérer pour ces municipalités frontistes françaises? L’exemple pourrait venir du nord de l'Europe où les formations populistes et nationalistes ont «vingt ans d’avance sur le FN», selon l’essayiste Laurent Chambon**. Revenant sur la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark, il souligne que «la dédiabolisation a fonctionné et ces formations nouent régulièrement des alliances avec la droite classique».

Mais au menu des réussites, ces réussites étrangères restent souvent plus symboliques que concrètes. «Leur victoire, c’est plus la contamination de la société par un état d’esprit, des mots, une "lépenisation des esprits" dirait-on en France. Ils ont notamment réussi à pourrir le débat de l’immigration ou sur les pauvres, avec la séparation entre les gentils pauvres blancs et les mauvais pauvres immigrés.» Réponse durant les 2.091 prochains jours de mandat dans ces municipalités.

*Hénin-Beaumont, Béziers, Fréjus, Villers-Cotterêts, Le Pontet, Beaucaire, le Luc, Hayange, Cogolin, Mantes-la-Ville, et le 7e secteur de Marseille. 

**Auteur de Marine ne perd pas le Nord, éd. Le Muscadier, Paris, mars 2012.