Sondages: François Hollande peut-il confirmer son embellie?

ANALYSE Il bénéficie d'une bonne séquence et d'un effet Manuel Valls...

Maud Pierron

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Francois Hollande et Manuel Valls à à l'issue du Conseil des ministres le 3 juin 2014 à l'Elysée à Paris
Francois Hollande et Manuel Valls à à l'issue du Conseil des ministres le 3 juin 2014 à l'Elysée à Paris — Alain Jocard AFP

Les hommes politiques, c’est bien connu, ne regardent pas les courbes des sondages. Mais enfin à l’Elysée, en ce moment, on ne boude pas son plaisir. +2 % chez OpinionWay, +2 % chez TNS Sofres et même +5 % chez l’Ifop. C’est peut-être un détail pour vous mais pour François Hollande, encalminé dans les profondeurs des sondages, c’est beaucoup. Dans le baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine, il passe de 16 % de cote de confiance à 18 %, dans un sondage OpinionWay pour Métro, il prend 2 points à 22 % de satisfaits et dans le baromètre Ifop pour Paris Match, c’est le taux d’approbation de son action qui bondit de 5 points à 23 %.

Qu’est-ce qui a changé dans le paysage pour expliquer cette embellie? «Il y a une remobilisation de l’électorat de gauche après la claque des européennes, un activisme international avec les commémorations du 6-Juin et la médiation sur la Russie, qui est saluée par les Français. Et indirectement, il y a un effet Bleus, puisque la Coupe du monde a été le premier sujet de conversation pendant cette période, et ça a pu éclipser les sujets sociaux et économiques», analyse Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Emmanuel Rivière, directeur d’études chez TNS Sofres, rajoute la bonne gestion du dossier Alstom, «emblématique des angoisses françaises» et confirme que «l’effet désastreux de la débâcle eux européennes se dissipe un peu». Et dans le même temps, les changements opérés par le chef de l’Etat commencent à payer: «La nomination de Manuel Valls a un effet moteur et ascenseur pour la confiance de François Hollande puisque le Premier ministre semble avoir une crédibilité supérieure à celle de son prédécesseur

Manuel Valls, le paratonnerre?

Et si Manuel Valls a un effet entraînant, ce n’est pas parce qu’il avait et conserve dans une moindre mesure une popularité importante mais parce qu’il est la tête de gondole d'«une nouvelle gouvernance sans couac», ce qui a été beaucoup reproché à François Hollande, rappelle Emmanuel Rivière. D’une certaine manière, Manuel Valls peut même servir de paratonnerre à François Hollande dans l’opinion, explique Julien Goarant, directeur d’études OpinionWay. «Avoir un Premier ministre qui a une couverture médiatique plus intense permet à François Hollande d’être moins en première ligne, de se représidentialiser, d’être en cohérence avec son message du temps long de l’action», explique Julien Goarant. Et grâce à ce rôle de «paravent», François Hollande a repris 4 points en deux mois chez OpinionWay, notamment auprès des sympathisants socialistes.

François Hollande se trouve-t-il pour autant à l’amorce d’une incroyable remontée dans l’opinion? Loin de là, répondent en chœur les sondeurs interrogés. Cette hausse est avant tout «un phénomène de réajustement technique plus que de réelle reconquête» car les chiffres du chômage sont toujours aussi mauvais, note Emmanuel Rivière. Frédéric Dabi, de son côté, ne croit pas à la thèse du Premier ministre qui protège le Président: «C’était vrai avant, aujourd’hui, c’est le Président qui est le paratonnerre de l’insatisfaction de tous les Français et son action est jugée à l’aune des critères socio-économiques».

Une marge… «marginale»?

Il peut toutefois encore grappiller des points, estime Julien Goarant. «Techniquement, il a une marge réelle car il n’est soutenu que par 50 % de ceux qui ont voté pour lui en 2012. Quoique son virage social-libéral peut difficilement lui amener des sympathisants de gauche, donc ce sera marginal», tempère-t-il.

Emmanuel Rivière, lui, entrevoit d’autres éclaircies sondagières: «Aujourd’hui, on reproche tout à Hollande: d’être trop à droite, trop à gauche, trop pro-entreprises, pas assez, etc. Si la ligne se clarifie à un moment, on ne lui fera plus qu’une partie de ces reproches et il remontera», explique celui pour qui l’écart entre les cotes de popularité de Manuel Valls et de François Hollande ne pourra pas rester aussi grand pendant longtemps. Soit la politique du gouvernement paie et Hollande remontera, soit les résultats ne sont pas là et Manuel Valls rejoindra François Hollande dans les abysses de l’opinion.

Car attention à ne pas trébucher: en février 2013 et en avril 2013, après l’intervention au Mali et le vote du Mariage pour Tous, Hollande avait repris quelques points dans les enquêtes d’opinion. Avant de retomber plus bas.