Hervé Mariton: «L’UMP est un patrimoine très abîmé qu’il faut redresser»

INTERVIEW Le député de la Drôme est candidat à la présidence du parti...

Propos recueillis par Enora Ollivier

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Hervé Mariton, député de la Drôme et candidat à la présidence de l'UMP, le 30 juin 2014 à l'Assemblée nationale.
Hervé Mariton, député de la Drôme et candidat à la présidence de l'UMP, le 30 juin 2014 à l'Assemblée nationale. — E. OLLIVIER / 20 MINUTES

Sa candidature a un peu étonné, dans le parti – «Je suis surpris qu’elle ait surpris», glisse-t-il non sans un sourire. Pour l’instant, Hervé Mariton est, avec Bruno Le Maire, le seul candidat déclaré à la présidence de l’UMP. Le député de la Drôme, qui s’est fait remarquer par son opposition tenace à la loi sur le «mariage pour tous» en 2013, entend aujourd’hui incarner un projet «conquérant et rassurant, libéral et conservateur». Il le détaille à 20 Minutes.

Pourquoi vous présenter à la présidence de l’UMP?

Vu l’état du pays actuellement, on a besoin d’une opposition solide. Cela passe par un parti solide, c’est-à-dire à la fois une organisation robuste et un projet vigoureux. Il faut un projet conquérant et rassurant, libéral et conservateur, porté sur les valeurs d’identité, de famille. Mon combat contre le mariage pour tous est évidemment fondateur. Il correspond à l’opinion d’une immense majorité de nos adhérents, parlementaires, électeurs. Mais l’enjeu, ce n’est pas de se replier. J’assume de ne pas être protectionniste. Je suis un libéral pragmatique.

Vous mettez en avant votre implication contre le mariage pour tous, dites que l’UMP doit s’affirmer sur ces valeurs. Pourtant, le sujet ne fait pas consensus et certains, comme NKM ou Bruno Le Maire, se sont abstenus…

Ils ne pèsent rien! Sur 200 députés UMP, 190 ont voté contre [183 sur 194 votants, en réalité]. Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire se sont abstenus mais c’est une position tout à fait minoritaire au sein du parti. Je les respecte, et ne les insulte pas pour cela, je dis simplement que quand 190 députés sur 200 ont voté, quand l’immense majorité de nos militants se sont exprimés, ont manifesté, il y a quand même une position archi-majoritaire. Il y aurait d’ailleurs quelque chose d’assez curieux à ce que ceux qui étaient dans des positions aussi minoritaires au sein de l’UMP exercent la responsabilité du parti.

Pour vous, le futur président de l’UMP ne doit pas être candidat aux primaires pour 2017?

Je pense qu’il faut faire très attention: si on mélange les enjeux, on ira de problèmes en problèmes. A force d’anticiper l’élection présidentielle, nous avons un risque considérable d’arriver en 2016 et 2017 sans être prêts pour combattre. Ma responsabilité en tant que président de l’UMP serait de préparer une piste d’envol pour que le meilleur candidat émerge, qu’il ait le plus de chances de gagner et ensuite que nous puissions réussir l’alternance. Si nous avons un candidat à la présidence de l’UMP qui est aussi candidat aux primaires, il sera immédiatement accusé de détourner le parti à son usage, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

Est-ce que vous pensez, comme Alain Juppé ou comme François Fillon que l’UMP est en danger?

C’est une évidence. L’UMP est en danger. En même temps l’UMP est un patrimoine, qui est très abîmé et qu’il faut redresser. Ce sera une des missions du président.

Vous avez 55 ans. Ne faut-il pas laisser la place à une nouvelle génération?

J’ai souvent été entendu sur des sujets assez techniques, qui contribuent à ma crédibilité et à ma notoriété -le mariage pour tous, la taxe poids lourds, la tarification ferroviaire- mais j’observe que dans le débat politique, ma voix est assez nouvelle. Peut-être, par ailleurs, que ma vie politique a pris plus de temps pour plusieurs raisons: personne ne m’a donné de circonscription, je me suis battu pour l’avoir; j’ai choisi d’être élu sur le terrain quand j’aurais pu faire du cabinet. Je ne suis pas un garçon prétentieux, mais il ne faut pas me prendre pour un nigaud pour autant. Et peut-être vaut-il mieux être ingénieur du corps des mines comme moi que d’avoir fini dans les moyens de l’ENA…

Nicolas Sarkozy doit-il, peut-il revenir? [L’interview a été réalisée avant la mise en examen de Nicolas Sarkozy]

Est-ce qu’il le doit? Ce n’est pas écrit. Est-ce qu’il le peut? A lui de décider. Mais il faut qu’il accepte la règle commune. S’il doit revenir, il peut en triompher. En revanche, si la règle commune lui est insupportable, alors c’est qu’il ne doit pas revenir.

Si Nicolas Sarkozy annonce sa candidature à la présidence de l’UMP, cela vous empêcherait de continuer?

Absolument pas. Je suis candidat.