Jean-Louis Debré à Sarkozy: «S’en prendre aux juges» porte atteinte à un «fondement» de la République

POLITIQUE  Le président du Conseil constitutionnel estime que «contester les fondements de la justice» revient à «contester la République»…

E.O. avec AFP

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Le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré le 9 janvier 2014.
Le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré le 9 janvier 2014. — THOMAS-POOL/SIPA/SIPA

Le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré a contesté ce vendredi la présentation faite par Nicolas Sarkozy de l'action du Conseil s'agissant de ses comptes de campagne et estimé que «s'en prendre aux juges» portait atteinte à un des «fondements» de la République.

Jean-Louis  Debré, lui-même ancien magistrat, estime que «quand des responsables politiques commencent, à droite ou à gauche, à s'en prendre aux juges, c'est un des fondements du vivre ensemble, de la République qui est atteint.» On peut contester ce qui vous est reproché, on ne conteste pas les fondements de la justice, parce qu'à ce moment-là on conteste la République», insiste-t-il, alors que Nicolas Sarkozy s'en est vivement pris aux deux magistrates qui l'ont mis en examen. Le président du Conseil constitutionnel s’exprime dans l'émission Mediapolis, diffusée samedi sur Europe 1 mais dont le Lab d'Europe 1 publie des extraits ce vendredi.

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Jeudi, c’est Alain Juppé qui a critiqué les attaques de Nicolas Sarkozy, jugeant que «vilipender une institution de la République, à savoir l'institution judiciaire, comme le font certains responsables politiques, ne me paraît pas de bonne méthode».

«Nous ne pouvons pas faire des perquisitions»

Lors de l'interview accordée à Europe 1 et à TF1 après sa mise en examen, notamment pour corruption active, Nicolas Sarkozy avait par ailleurs déclaré que sa campagne présidentielle de 2012 avait été «vérifiée dans tous les sens, avec un soin qui n'avait rien d'amical, par la commission des comptes de campagne et par le Conseil constitutionnel».

 «Personne ne peut imaginer que les enquêteurs du Conseil constitutionnel ou de la commission des comptes de campagne soient passés au travers», avait également déclaré l'ex-chef de l'Etat au sujet de la double facturation établie par l'UMP, épicentre de l'affaire Bygmalion.

«Nous n'avons pas des enquêteurs, nous n'avons pas de pouvoir de police judiciaire, nous ne pouvons pas faire des perquisitions, des saisies! (...) Ne présentons pas le Conseil comme il n'est pas», réagit Jean-Louis Debré.

«Nous n'avons examiné que les griefs de M. Sarkozy»

«On laisse entendre que nous aurions vérifié l'ensemble des comptes de la campagne de l'ancien président de la République. Non, ce n'est pas exact», a poursuivi Jean-Louis Debré.

 «Nous avions été saisis du recours de M. Sarkozy lui-même, qui contestait la décision de la Commission nationale des comptes de campagne aux termes desquels il avait dépassé le plafond des dépenses autorisées, et n'avait pas le droit au remboursement forfaitaire. Nous n'avons examiné que les griefs de M. Sarkozy, nous n'avons pas examiné tout le compte. Et nous avons simplement dit que les griefs qu'il évoquait pour contester la décision de la CNCC étaient inopérants», a-t-il développé.

«Nous n'avons pas validé les comptes, nous avons simplement validé la décision de la Commission nationale de contrôle qui avait constaté qu'il avait dépassé les plafonds autorisés», a-t-il conclu.