100 jours des mairies FN: «Constituer des collectifs citoyens de vigilance pour susciter le sursaut»

INTERVIEW Alors que les mairies soutenues par le Front national fêtent leurs 100 jours, le président de SOS Racisme Dominique Sopo réagit à la création de comités citoyens de surveillance dans ces communes…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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 Dominique Sopo et cinq autres dirigeants de l'association SOS racisme ont été placés en garde à vue le 9 juin 2009.
 Dominique Sopo et cinq autres dirigeants de l'association SOS racisme ont été placés en garde à vue le 9 juin 2009. — SIPA

Les maires soutenus par le Front national* fêtent leurs 100 jours de mandat cette semaine. Dans plusieurs de ces villes, des collectifs citoyens se sont organisés peu après les élections municipales. Ces groupes se sont notamment retrouvés le 29 juin au Forum républicain de Fréjus, auquel participait Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Retrouve-t-on des traits communs entre les municipalités Front national-Rassemblement Bleu Marine?

Avec ces villes, le FN veut faire oublier le souvenir de sa gestion municipale catastrophique dans les années 1990 [Toulon, Marignane, Orange, Vitrolles]. Ces nouveaux maires FN se veulent irréprochables, en offrant un visage plus lisse, plus républicain. Mais au bout de cent jours de mandat, on se rend bien compte qu’ils sont obsédés par les populations immigrées. L’ambiance dans ces villes se dégrade et la parole raciste se libère.

Vous avez des exemples?

Nous avons eu des retours. Par exemple, à Beaucaire, des femmes voilées ont subi des injures et des coups de klaxon. A Beaucaire toujours, on veut interdire la musique orientale durant les mariages. Dans le 7e secteur de Marseille, il est interdit pour les fonctionnaires de parler une langue étrangère… Ces règles traduisent une stigmatisation des populations immigrées, pour leur dire: "Rasez les murs". Le FN n’a pas changé, il reste une matrice de haine.

Il y a également une histoire qui ne semble pas très claire à Fréjus, car la ville a confié son audit à une entreprise fondée quelques jours avant les municipales, par un proche du maire… Et d’un autre côté ces mairies FN arrêtent de donner des subventions aux associations qui créent du lien social. Au Pontet, le maire a décidé de supprimer la gratuité de la cantine pour les ménages les plus pauvres, alors qu’il avait augmenté ses propres indemnités…

Comment les «comités de vigilance» dans les villes FN veulent-ils fonctionner?

Ces comités vont être le réceptacle des faits et des méfaits du FN. Il y a un site internet sur le Forum républicain que nous allons développer avec des analyses, des témoignages. Il faut expliquer, analyser, démonter les discours, montrer à voir le FN tel qu’il est vraiment pour susciter le sursaut. Car la vigilance semble s’être émoussée vis-à-vis de ce parti qui se dit respectable. Pourtant, le FN n’est pas un parti normal, il distille des anormalités, petit à petit, et n’a pas renoncé à sa matrice de haine.

*Béziers, Fréjus, Hayange, Cogolin, Beaucaire, Villers-Cotterêts, Luc, Le Pontet, Mantes-la-Ville, le 7e secteur de Marseille, Hénin-Beaumont. Trois autres villes sont soutenues par la formation d'extrême droite Ligue du Sud (Orange, Bollène et Camaret-sur-Aigues).