VIDEO. Nicolas Sarkozy ou la stratégie du retour

POLITIQUE Officiellement en retrait depuis sa défaite à la présidentielle, Nicolas Sarkozy n'a en fait jamais vraiment quitté la scène politique...

Enora Ollivier

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Nicolas Sarkozy à New York le 24 avril 2014.
Nicolas Sarkozy à New York le 24 avril 2014. — NO CREDIT

Le 6 mai 2012, au soir de sa défaite au second tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy s’apprêtait à redevenir «un Français parmi les Français». «Mon engagement dans la vie de mon pays sera désormais différent», avait-il alors clamé, devant un parterre de partisans. Deux ans et deux mois plus tard, l’ex-président est surtout redevenu un justiciable parmi les justiciables, et sa récente mise en examen pour corruption active et trafic d’influence l’a contraint à anticiper un peu un retour déjà prévu. Coup de rétroviseur sur ces 26 mois de non-disparition.

Des cartes postales virtuelles

Officiellement retiré de la vie politique, Nicolas Sarkozy a fait attention à ne pas se couper totalement de la base militante. Après son échec à la présidentielle, il a rapidement envoyé des signaux, via les réseaux sociaux: un mot pour Noël sur Facebook en 2012 et 2013, une photo sur Instagram en janvier 2014. Le tout assorti de commentaires mettant en émoi les exégètes: «Soyez certains que je serai toujours là parmi vous» en 2013; «Là où je suis, et partout où je vais, je pense à vous», en 2012.

Des confidences savamment distillées

Jusqu’à mercredi soir, Nicolas Sarkozy s’était interdit toute prise de parole publique. Mais il n’a pas manqué de distiller quelques mots par-ci, par-là. «La question n’est pas de savoir si je vais revenir mais si j’ai le choix, moralement, vis-à-vis de la France, de ne pas revenir», dit-il dès octobre 2012, selon des propos rapportés par Le Canard enchaîné. En juin 2013, il laisse clairement entendre qu’il pourrait «revenir par devoir», «si l’on avait besoin de lui». Les confidences n’émanent encore une fois pas directement de lui, mais sont répétées à certains médias par des participants à une conférence privée qu’il donne à Londres. «Je ne peux pas ne pas revenir. Je n’ai pas le choix. C’est une fatalité», lui attribue six mois plus tard le magazine Le Point, reproduisant des phrases qu’il aurait déclarées à des proches.

Des apparitions pas passées inaperçues

Nicolas Sarkozy n’a pas chômé durant sa période d’inactivité politique officielle, faisant quelques apparitions remarquées. «Raymond» (selon le nom que lui a donné Carla Bruni Sarkozy dans une de ses chansons) a ainsi assisté à plusieurs concerts de son épouse, en profitant pour mesurer sa popularité à l’applaudimètre. On l’a aussi vu à New York, Londres, Doha, São Paulo, donner des conférences privées. Ou à l’Assemblée nationale. Ou en Charente-Maritime. La rareté créant la valeur, chacune de ses apparitions a constitué un petit événement médiatique, lui permettant d’attirer la lumière sur lui. Le meilleur exemple date sans doute de février 2014: alors qu’il assiste au meeting de Nathalie Kosciusko-Morizet, François Hollande arrive aux Etats-Unis, où il est accueilli par Barack Obama. Les deux événements se télescopent mais l’ancien président parvient à faire de l’ombre à l’actuel sur les télés.

Des fidèles toujours présents

Si Nicolas Sarkozy ne s’est pas exprimé pendant tous ces mois, il a laissé ses très proches parler pour lui. C’est ainsi que Brice Hortefeux indique début juin que le retour de l’ex-président est une «nécessité» et que le recours à une primaire est «une nécessité». Nicolas Sarkozy «ne se dérobera pas à son devoir», avait aussi glissé Claude Guéant en mars 2013. Ces lieutenants se sont également chargés de défendre l’ancien chef de l’Etat face aux critiques parfois virulentes d’éventuels futurs concurrents à droite…

Une théorie du complot pour se défendre

Les affaires ont précipité le retour de Nicolas Sarkozy. Et lui ont permis d’élaborer une stratégie particulière: celle de la théorie du complot. Dès la mise en examen de l’ex-Président dans l’affaire Bettencourt (qui aboutira finalement à un non-lieu), ses soutiens crient à l’acharnement, son ancien conseiller spécial Henri Guaino s’en prend au magistrat qui a pris la décision. Rebelote cette semaine: une des juges qui a mis Nicolas Sarkozy en examen est sous le feu des critiques car membre du Syndicat de la magistrature, classé à gauche. L’ex-Président évoque même en mars 2014 les méthodes de la Stasi, la police politique de l’Allemagne de l’Est, à propos de sa mise sous écoutes.