Sarkozy mis en examen: Ses soutiens mettent en doute l’impartialité d’une des juges

POLITIQUE Les sarkozystes s'en prennent en particulier à une magistrate soupçonnée d'être hostile à l'ancien Président...

Enora Ollivier
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Nicolas Sarkozy à Berlin le 28 février 2014.
Nicolas Sarkozy à Berlin le 28 février 2014. — Stefan Boness/IPON/SIPA

Si Nicolas Sarkozy est suspecté de corruption active et de trafic d’influence, ses soutiens appellent à regarder non pas en direction du mis en examen mais en direction d’une de celle qui a pris la décision: la juge Claire Thépaut. La magistrate est soupçonnée d’être une opposante politique, et donc de manquer d’une exigence demandée à tout juge: l’impartialité.

«Je mets en cause l’impartialité d’un des juges, qui est engagé, qui a nourri des haines contre le Président», a lancé Christian Estrosi sur France Info ce mercredi. Nadine Morano s’est faite plus précise et a nommément désigné la juge, tout en signalant une «promotion» qu’elle aurait obtenue après une «tribune sur Mediapart».

Après sa tribune sur mediapart contre Sarkozy, la juge Claire Thepaut a bénéficié d’une promotion: impartiale? pic.twitter.com/TlInYxvErD
— Nadine Morano (@nadine__morano) July 2, 2014

De «tribune sur Mediapart», on ne trouve en réalité que cet article datant du 8 mai 2012, dans lequel Claire Thépaut, alors juge d’instruction au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), donne son sentiment après la victoire de François Hollande. «Ce qui est certain, c’est que nous aspirons tous à retrouver du calme, de la sérénité et de la confiance», explique-t-elle. «Etre taxés de juges rouges quand on ne fait qu’appliquer les textes de loi, ce n’est pas normal», dit-elle encore, en référence au bras de fer qui avait opposé en 2006 les magistrats de Bobigny à Nicolas Sarkozy. Ce dernier, alors ministre de l’Intérieur, avait dénoncé la «démission» des juges en observant une «baisse de 15,5 %» des mises sous écrou des délinquants dans ce département.

«Acharnement»

Mais les sarkozystes reprochent surtout à Claire Thépaut son engagement au sein du Syndicat de la magistrature (SM), classé à gauche, et rappellent l’existence du «mur des cons» - sur lequel étaient placardées des photos de personnalités principalement de droite, dans un local du syndicat.

Ces juges qui s’acharnent sont membres du syndicat de la magistrature auteur du tristement célèbre "Mur des cons" #Sarkozy @franceinfo
— Nora Berra (@BerraNora) July 2, 2014
Le sort de #Sarkozy dépend d’un juge, membre d’un syndicat qui a ouvertement fait campagne contre lui. Impartialité?? http://t.co/AZ2Os170fg
— Thierry MARIANI (@ThierryMARIANI) July 2, 2014

Les élus ressortent volontiers une lettre ouverte du même syndicat, publiée le 2 mai 2012 sur le site du SM et sur Mediapart - d'où, sans doute, la confusion de Nadine Morano - et qui interpelle Nicolas Sarkozy. «Vous n’avez cessé d’affaiblir l’autorité judiciaire et d’attiser la haine de la justice», écrit le président du syndicat d'alors (et non Claire Thépaut) à l’ancien chef de l’Etat, accusé de «cultiver une conception exclusive du pouvoir, (d’être) convaincu de détenir la vérité sur toute chose, (de) diriger sans partage, (d’être) persuadé que la fin électorale justifie les moyens les plus vils». «Nous avons décidé en conscience d’appeler à voter contre vous au second tour de l’élection présidentielle», indique encore le syndicat.

Le SM dénonce des «attaques infondées»

«La question n'est pas celle de l'appartenance à un syndicat», a déclaré à l'AFP le secrétaire général du Syndicat de la magistrature, Eric Bocciarelli. «La question, c'est celle de l'impartialité dans l'exercice juridictionnel et dans la conduite de l'instruction», selon le magistrat, qui dénonce des «attaques infondées».

«Ce sont des juges d’instruction, ce sont des juges indépendants. Ce n’est pas le pouvoir qui demande à ces juges de faire des enquêtes, ils agissent et exercent leur fonction de manière indépendante», a rétorqué Manuel Valls ce mercredi sur France Info. François Hollande lui-même a rappelé en Conseil des ministres à la fois l'«indépendance de la justice» et la «présomption d’innocence».

Cette suspicion sur la juge Thépaut n’est pas sans rappeler les attaques formulées en mars 2013 contre le juge Gentil, accusé par Henri Guaino d’avoir «déshonoré la justice». Son tort, à l’époque: avoir mis en examen Nicolas Sarkozy - ce qui s’était finalement soldé par un non-lieu, en octobre 2013.