Nouveau style vestimentaire de François Hollande : «Il n'en fait qu'à sa tête»

INTERVIEW Philippe Moreau Chevrolet, président et fondateur de l'agence de communication MCBG décrypte les changements du président de la République...

Basile Dekoninck

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François Hollande à l'Elysée le 29 juin 2014
François Hollande à l'Elysée le 29 juin 2014 — Présidence de la République

Nouvelle paire de lunettes, polo sous sa veste. François Hollande a innové question look ce week-end. Le spécialiste de la communication Philippe Moreau Chevrolet revient pour 20 Minutes sur ces changements.

Que signifie ce changement de lunettes selon vous?

Il s’inspire ici de Jacques Chirac, avec ses grandes lunettes bien visibles. Cela lui donne un air sérieux, presque pesant. Ces lunettes ne sont pas aussi sophistiquées que les précédentes, qui lui donnaient un air d’intellectuel.

François Hollande n’a pas de stratégie d’images. Il tente des choses au coup par coup, c’est ce qu’il appelle lui-même une «communication impressionniste». Petites touches par petites touches, il espère améliorer son image. Ce changement de lunettes est une petite touche.

Et la tenue décontractée sous la veste de costume?

Là c’est un style nouveau, il fabrique son image. C’est du jamais vu, cela ressemble à Nicolas Sarkozy avec son côté casual, décontracté. C’est donc une combinaison. François Hollande va piocher ici et là. Il essaye de se trouver un style, e mais aucune cohérence ne se dégage.

Il faut savoir que Jacques Chirac, après sa défaite à l’élection présidentielle de 1988, avait fait appel à Roger Aisles, alors conseiller de Ronald Reagan. Ce dernier lui avait conseillé de porter des costumes plus large pour se donner un air de notable, de bronzer, d’arrêter de fumer, d’apprendre à sourire et de poser sa voix. Le but était de dégager de la décontraction. Aujourd’hui Jacques Chirac est l’homme politique français le plus populaire, et de loin. Le problème de François Hollande c’est qu’il n’a pas pris de moment pour réfléchir à cet aspect de la communication. Pour lui tout va bien, il pense qu’il va être réélu en 2017!

Est-il mal conseillé?

Il n’est pas mal conseillé, il n’est pas conseillé. Il le dit lui-même: «Ma com, c’est moi». Il n’en fait qu’à sa tête et n’accepte aucun conseil. François Hollande estime qu’il maîtrise sa communication, mais il souffre de ce que Pierre Bourdieu appelait «l’illusion de l’intelligence»: il croit tout savoir et ne comprend pas qu’il a besoin de s’entourer pour être performant dans ce domaine.

Aucun conseiller ne lui aurait recommandé de faire un trajet de dix heures en voiture pour aller voter à Tulle lors des dernières européennes (Corrèze)…Il est finalement arrivé en retard et s’est fait piéger par le Petit journal en leur répondant qu’il avait le temps (de faire le trajet). Non, il n’a pas le temps. On n’a pas de temps quand on est Président de la République.

Dans quelle mesure le code vestimentaire importe dans la communication des dirigeants?

C’est un aspect excessivement important de la communication. On n’est pas dans l’anecdotique, on juge les dirigeants notamment sur l’impression qu’ils dégagent. Tous les dirigeants font un effort sur cet aspect de la communication. Jean-Luc Mélenchon utilise des codes qui renvoient aux élites avec ses costumes cravates, c’est un politicien traditionnel. Marine Le Pen, elle, va chercher ses références vestimentaires chez la ménagère de moins de cinquante ans, elle veut être dans la proximité avec le français moyen. François Hollande, qui est à la tête de la cinquième puissance mondiale, n’a absolument pas conscience de son statut. Il ne peut pas faire ce qu’il veut: il ne peut pas s’habiller comme il veut, il ne peut pas se déplacer incognito en scooter… Nicolas Sarkozy s’inscrivait aussi dans ce registre, avec ses dîners au Fouquet’s et ses vacances au Cap Nègre.