Comment Manuel Valls a remis de l'ordre au gouvernement

POLITIQUE En trois mois, le Premier ministre a bien rodé sa méthode...  

Maud Pierron

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Manuel Valls lors d'une cérémonie au Panthéon, à Paris, le 25 juin 2014.
Manuel Valls lors d'une cérémonie au Panthéon, à Paris, le 25 juin 2014. — AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET

A peine trois mois à Matignon et déjà plusieurs dossiers gérés sans grosses anicroches pour Manuel Valls. Entre la gestion du cas Alstom, la fermeté affichée sur le conflit de la SNCF, le geste à l’intention des intermittents qui a divisé le front des grévistes, l’ex-ministre de l’Intérieur boucle une jolie séquence. Et même la fronde des députés PS sur le budget à l’Assemblée semble s’étioler. «Il y a moins de couacs. Il a remis de l’ordre. Il est vraiment chef du gouvernement, premier des ministres», résume le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois. «Il est -heureusement- naturellement autoritaire», assure Thierry Mandon, fraîchement nommé secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat.

Mais cette image de «Premier flic de France» ne suffit pas à expliquer la méthode Valls. Au contraire. «Il est direct et cash mais ce n’est pas de l’autoritarisme. En trois mois, on a eu plus d’échanges et d’écoute de la part de Manuel Valls qu’en deux ans avec Ayrault. On réussit à passer plus d’amendements et à faire évoluer des lois, comme sur la réforme ferroviaire», se félicite l’écologiste François-Michel Lambert, un partisan du maintien d’EELV au gouvernement.

La clarté d’abord

Du dialogue, certes, mais dans un cadre défini au préalable, «celui de la feuille de route du Président», assurent en écho Thierry Mandon et François Michel-Lambert. «Il nous a reçus deux fois et objectivement, c’était un vrai dialogue mais cela ne change pas les divergences d’approches», admet Pouria Amirshahi, l’un des députés frondeurs qui réclame une réorientation de la politique gouvernementale en faveur des ménages. «S’il y a un mot pour définir Manuel Valls, c’est la clarté. Avec toute la brutalité que ça peut avoir parfois car il ne biaise pas, il pose et affronte les problèmes. C’est donc facile de construire un accord ou de constater un désaccord», développe Jean-Jacques Urvoas.

«Il y a plus de com’ de manière assumée et une mise en scène un peu désuète d’une posture de fermeté. Attention parce que si le pays préfère l’ordre au bordel, au quotidien, le problème des Français c’est le chômage et le pouvoir d’achat. La bonne gouvernance, c’est la clarté, la cohésion, mais aussi reconnaître que l’autre a raison, ça manque un peu pour l’instant», prévient le frondeur.

La méthode des «deux R»

Mais surtout, ce que tout le monde reconnaît, même Pouria Amirshahi, c’est qu’avec l’arrivée de Valls, «la politique a repris la main, elle agit, elle assume. C’est l’inverse de ce qu’on a laissé croire depuis des années», apprécie François-Michel Lambert. «Il applique les deux ‘R’: respecter et rassembler car il sait que la France, comme sa majorité, est éclatée», précise Thierry Mandon. Pour lui, le dossier Alstom est «emblématique des "deux R": la solution de la participation de l’Etat prônée par Montebourg a été retenue mais pas le choix de l’allié, GE, mais il lui a laissé le bénéfice de l’annonce».

Si «ça fonctionne», comme le dit François-Michel Lambert, c'est parce que Manuel Valls «a l’art de gouverner, ce qui est logique pour quelqu’un qui a fait ses classes à Matignon avec Rocard puis avec Jospin», rappelle Thierry Mandon. «Il est totalement en première ligne, il ne se cache pas». De là à faire de l'ombre à un président affaibli? «La loyauté est son point cardinal dans sa relation avec Hollande. Il n’écrit pas une autre histoire que celle qu’il vit, assure Jean-Jacques Urvoas. Car il sait qu’il ne pourra avoir une autre histoire que si celle-ci est un succès.»