L’UMP est-elle en train de se déliter ?

POLITIQUE L'UMP est ébranlée par l'affaire Bygmalion, des audits sont menés dans le parti et dans le groupe parlementaire. Signes d'une formation en danger de mort?

Enora Ollivier

— 

Une affiche déchirée de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2012.
Une affiche déchirée de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2012. — ALFRED/SIPA

Acculée de toute part, l’UMP est-elle encore debout? La question se pose alors que chaque jour semble apporter son lot d’embrouilles dans le grand parti d’opposition. Ce mardi soir, la formation réunit son bureau politique, notamment pour trancher sur le cas Lavrilleux, l’ex-bras droit de Copé qui a admis son implication dans l’affaire Bygmalion. Ce matin, c’est le groupe UMP à l’Assemblée qui a décidé de confier un audit de ses comptes au député Gilles Carrez, après la révélation d’un prêt de 3 millions d’euros accordé à l’UMP en 2012.

>> Bygmalion: Ce que l’on sait, et les zones d’ombre

Autant de symptômes montrant que l’UMP est en souffrance. Et ce sont les dirigeants du parti eux-mêmes qui le disent. «Depuis la campagne présidentielle de 2012, l’UMP est dans un immense désordre idéologique et financier et, j’ajouterai, moral», constate François Fillon dans une interview à L’Express publiée ce mardi. «On ne peut pas dire aujourd’hui avec certitude s’il est possible de relever financièrement l’UMP», poursuit l’ancien Premier ministre, alors qu’un audit est également mené au sein du parti.

>> Voir l'interview de Bruno Le Maire: «Il faut une révolution culturelle à l'UMP»

«Beaucoup à faire pour aider l’UMP à retrouver sa dignité»

Il rejoint l’avis de celui qui occupe avec Jean-Pierre Raffarin et lui-même la présidence provisoire du parti, Alain Juppé. Le maire de Bordeaux a jugé lundi que «l’UMP est en danger», à la fois «financier et politique avec l’accumulation des scandales». L’ancien Premier ministre a regretté le fait que «le parti n’a plus aujourd’hui l’attractivité qu’il a pu avoir il y a quelques années. Il y a beaucoup à faire pour l’aider à retrouver sa dignité».

«Il faudrait rappeler aux personnalités de l’UMP que savoir gouverner, c’est savoir faire preuve de sang-froid», sourit le politologue Thomas Guénolé à l’évocation de ces propos alarmistes. Lui ne «croit absolument pas à la thèse d’une scission ou d’une explosion» de l’UMP car «le personnel ne voudra pas tuer la poule aux œufs d’or, qui lui permet d’être élu».

«Une concomitance de problèmes extrêmement graves»

Pour autant, le parti traverse bien «une concomitance de problèmes extrêmement graves», estime ce maître de conférences à Sciences-Po: il y a un «problème de leadership» depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, «pas de ligne politique structurelle», «des scandales financiers qui s’accumulent», et un «écœurement des sympathisants» devant ces affaires.

Et si le parti n’est pas menacé d’implosion, il devrait agir pour contrer le danger de «casser durablement le lien de confiance avec le peuple de droite». L’UMP «doit couper la gangrène et ouvrir sa comptabilité sur 10 ans à la presse» si elle ne veut pas «en prendre pour trois ans de scandales au compte-gouttes», préconise le politologue. L’opération «épuiserait le sujet rapidement» et «donnerait une image de transparence». «Le sigle UMP est devenu systématiquement accolé à des scandales», juge Thomas Guénolé. Qui pense que le parti gagnerait aussi à «changer de nom et de siège». Histoire de tourner la page aussi symboliquement.