Bygmalion: Ce qu’on sait et les zones d’ombre

POLITIQUE Le point sur l'affaire, alors que plus de 17 millions d'euros dépensés pendant la campagne 2012 de Nicolas sarkozy auraient été cachés à la Commisison des comptes de campagne...

Enora Ollivier

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Jean-François Copé et Jérôme Lavrilleux, le 22 mars 2012.
Jean-François Copé et Jérôme Lavrilleux, le 22 mars 2012. — WITT/SIPA

Il ne se passe quasiment plus un jour sans que des détails ne surgissent dans l’affaire Bygmalion, du nom de la société de communication fondée par deux proches de Jean-François Copé en 2008. 20 Minutes fait le point sur le dossier qui secoue l’opposition.

Pourquoi l’UMP est-elle au centre de l’affaire?

Me Maisonneuve, l’avocat de Bygmalion, a été le premier à lâcher le morceau, le 26 mai: la société qu’il représente a été contrainte de présenter à l’UMP des factures qui auraient dû être imputées à la campagne de Sarkozy, sous peine de ne pas être payées. Le but de la manœuvre –illégale– était de cacher les excès du candidat Sarkozy, alors que les dépenses de campagne sont limitées à 22,5millions d’euros. Le montage est confirmé ce même jour, les larmes aux yeux, par Jérôme Lavrilleux, ex-directeur adjoint de la campagne.

4 millions, 22,5 millions… On entend beaucoup de chiffres! A quoi est-ce que tout ça correspond?

22,5 millions - C’est le plafond de dépenses autorisées par la loi pour chaque candidat à une élection présidentielle.

21,34 millions - C’est la somme déclarée par Nicolas Sarkozy à la Commisison nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) pour sa campagne 2012. Mais la Commission a réintégré des dépenses non déclarées, faisant dépasser de près de 470.000 euros le plafond autorisé. Le Conseil constitutionnel a alors rejeté en juillet 2013 les comptes, privant l’UMP de 10,7 millions d’euros de remboursement de frais de campagne.

39 millions - C’est, d’après Mediapart, le coût réel de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012.

4 millions - C’est le montant que Event & cie, la filiale événementielle de Bygmalion qui a fourni des prestations pour des meetings de Sarkozy, a déclaré à la CNCCFP. La somme exacte varie légèrement selon Libération (4,1 millions) et Mediapart (4,27 millions).

21,2 millions - C’est la somme réelle des prestations effectuées par Event & Cie. Soit un différenciel de plus de 17 millions d’euros, qui n’a pas été déclaré à la Commission des comptes de campagne. On est bien loin des 10 millions évoqués le 26 mai par l’avocat de Bygmalion.

3 millions - C’est le montant du prêt concédé par le groupe UMP à l’Assemblée nationale à l’UMP. Ce prêt a été concédé après la présidentielle de 2012, pour contribuer à renflouer le parti. Il n’est en soi pas illégal mais suscite la colère de certains élus de la formation qui n’étaient pas au courant et s’interrogent sur les vraies raisons des difficultés financières de l’UMP.

Où sont passés les 17 millions d’euros non déclarés?

Selon Libération, cet argent a tout simplement été… dépensé! Le quotidien évoque dans son édition de ce lundi des dépenses colossales durant la campagne, notamment en mobilier et en vidéo. A cela s’ajoutent les marges d’Event & Cie, qui s’élèvent par exemple à 103.000 pour le meeting de Bordeaux de mars 2012, sur un montant total de 605.430 euros.
Cette version est aussi celle de Jérôme Lavrilleux, qui a assuré que les opérations n’avaient donné lieu à «aucun enrichissement personnel».

Pourquoi parle-t-on de fausses factures?

Parce que pour se faire payer, Bygmalion aurait adressé à l’UMP des factures qui ne correspondent à aucune prestation. Il s’agit d’une cinquantaine de conventions fictives sur l’Europe, l’accès au crédit, etc. Le député UMP Pierre Lellouche a déposé plainte le 26 mai pour usurpation d’identité après avoir découvert son nom sur la facture d’une réunion à laquelle il assure n’avoir jamais participé. Ces fausses factures couvrent un montant de 15 millions d’euros selon Mediapart, qui évoque également 500.000 euros de surfacturation d’événements qui se sont bien déroulés.

Qui était au courant?

Seul Jérôme Lavrilleux a avoué son implication, tout en assurant n’avoir mis au courant ni Sarkozy ni Copé. A part lui, tout le monde nie. Pourtant, la signature d’Eric Cesari, alors directeur général de l’UMP, figure au bas de devis pour des fausses conventions, indique Libération, documents à l’appui. L’homme, surnommé «l’oeil de Moscou» en raison de ses liens avec Nicolas Sarkozy, a été débarqué de l’UMP à la mi-juin, tout comme Fabienne Liadzé, la directrice financière de l’UMP, qui aurait participé selon le JDD à la mise en place de la double facturation. D’après Lavrilleux, le directeur de campagne de Sarkozy en 2012, Guillaume Lambert, était aussi au courant, ce qu’il nie catégoriquement.