Pourquoi François Baroin brigue-t-il un mandat au Sénat?

POLITIQUE Une forme rare de la crise de la cinquantaine?...

Maud Pierron
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L'ancien ministre UMP François Baroin a approuvé jeudi les mesures sur l'immigration détaillées par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, prenant à contre-pied des ténors de son camp qui avaient dénoncé la veille "une politique dangereuse" ou "un double langage".
L'ancien ministre UMP François Baroin a approuvé jeudi les mesures sur l'immigration détaillées par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, prenant à contre-pied des ténors de son camp qui avaient dénoncé la veille "une politique dangereuse" ou "un double langage". — Kenzo Tribouillard afp.com

Il change de crémerie, et ce ne sera pas la présidence de l’UMP, comme certains l’annonçaient. A 49 ans, François Baroin a décidé de partir à l’assaut du Sénat et donc d’abandonner son mandat de député. Il sera investi dans son fief, l’Aube, par l’UMP ce mercredi, selon L’Opinion. Quelle mouche a piqué François Baroin? Après cinq mandats au Palais Bourbon, est-ce une forme de crise de la cinquantaine? «Après tant de temps à l’Assemblée, il a envie de passer à autre chose. C’est assez sain et salutaire que François décide de passer de l’Assemblée au Sénat, commente le sénateur UMP de la Moselle François Grosdidier, qui a été élu pour la première fois à l’Assemblée avec François Baroin en 1993. Et ce n’est pas, comme d’autres, pour sauver son siège puisqu’il n’est absolument pas menacé dans son fief, relève François Grosdidier. Alors?

Le grand frisson du débat parlementaire

Il développe une théorie assez pragmatique sur les nouvelles ambitions de l’ex-ministre des Finances: «Il veut enfin découvrir le vrai débat parlementaire, où ni les amendements que l’on présente, ni nos votes ne sont dictés par le groupe, où l’on ne s’invective pas, où l’on parle librement, où les débats sont de très grandes qualités par rapport à l’Assemblée nationale.» Et d’ailleurs, l’élu mosellan estime que François Baroin a le profil type du sénateur: «Il a toujours été très raisonnable, même quand il était jeune, à la différence de moi. Il a parfaitement sa place au Sénat, il va amener de la qualité».

Soigner un profil de premier ministrable

Evidemment, il n’est pas interdit de penser que le député Baroin, au CV long comme le bras, a d’autres visées. Plus politiques. «Il connaît parfaitement les rouages de la politique, il fait son parcours. Il pèse toujours toutes ses prises de position en fonction de ça et il a toujours un ou deux temps d’avance», analyse froidement un sénateur UMP qui préfère l’anonymat. En d’autres termes, en choisissant le Sénat, François Baroin façonnerait un peu plus sa stature de ténor incontournable à droite en vue de 2017, voire de premier ministrable incontournable pour n’importe lequel des candidats UMP.

Car en septembre, si François Baroin a quasiment 100 % de chance d’être élu sénateur de l’Aube, il y a aussi quasiment 100 % de chance que le Sénat rebascule à droite. Ce qui en fera la place forte de l’opposition à François Hollande et son gouvernement face à une Assemblée où la gauche est toujours majoritaire. Or, François Baroin a l’envergure pour prendre le leadership de cette opposition.

Le poisson-pilote sarkozyste

Pour le politologue et maître de conférences à Sciences Po Thomas Guénolé, François Baroin, en passant par le Sénat, pourrait jouer le rôle de poisson-pilote de Nicolas Sarkozy. Le député-maire de Troyes a en effet très tôt misé sur un retour de l’ex-chef de l’Etat. Et ce dernier «a misé sur François Baroin pour participer au renouvellement de la droite». Il s’explique: «Baroin a été réélu très confortablement en 2012 donc il ne veut pas sauver son siège. Mais comme l’UMP a raflé une belle moisson aux municipales, elle devrait rafler le Sénat. François Baroin ambitionne peut-être de briguer la présidence du Sénat. Ou alors la présidence du groupe UMP comme lieutenant de Sarkozy. En tout cas, un poste important, qui convient à sa forte envergure politique et médiatique.» Le politologue émet donc l’hypothèse que la nouvelle ambition de Baroin soit «un mouvement de Sarkozy pour mettre la main sur la droite au Sénat qui, s’il bascule, donnera de nombreux leviers dans le bras de fer permanent avec l’exécutif».