De la City au CAC 40, la nouvelle conseillère économique de Hollande fait débat et se défend

PORTRAIT Laurence Boone jure toutefois ce matin avoir «des inclinaisons à gauche»...

Maud Pierron

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Laurence Boone a été nommée le 10 juin conseillère économique et financière de François Hollande
Laurence Boone a été nommée le 10 juin conseillère économique et financière de François Hollande — Capture d'écran YouTube

L’arrivée de la nouvelle conseillère économique et financière à l’Elysée marque-t-elle «le retour de la finance» à l’Elysée? C’est la question qui a été posée à Michel Sapin ce jeudi matin sur BFM TV. «Non, ce sont les compétences qui sont de retour», a rétorqué (et taclé) le ministre de l’Economie.

Car celle qui remplace Emmanuel Macron auprès de François Hollande présente certes un CV impeccable, mais pas tout à fait celui d’une conseillère classique pour les questions économiques d’un président socialiste, tant elle cumule les diplômes et les titres d’une éminente représentante de la finance internationale venue directement de la City. Pour les députés PS de l’aile gauche, cette nomination n’est «pas un bon signal» quand France Info relève justement que c’est «un signal fort envoyé aux marchés financiers».

«J'ai des inclinaisons à gauche», jure-t-elle

La député PS spécialiste des affaires économiques Karine Berger l’a défendue, assurant qu’elle a «toujours eu des convictions, des amitiés de centre-gauche». Dans Le Monde ce jeudi, Laurence Boone elle-même à montrer patte blanche: «J’ai des inclinaisons à gauche», assure-t-elle en préambule, bien qu'il semble que ce soit le minimum pour conseiller au quotidien un chef de l'Etat socialiste sur sa politique économique. «C'est justement parce que j'ai beaucoup d'expérience internationale, que je ne viens pas d'un univers totalement franco-français et que j'ai un regard différent que le président me recrute», défend-elle.

Laurence Boone dirige en effet depuis 2011 la recherche économique sur l'Europe de la banque d’affaires Bank of America Merrill Lynch. Auparavant, elle avait occupé le même poste chez Barclays, près avoir travaillé six ans au département des affaires économiques de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), et auparavant au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).

Cette femme de 45 ans, mère de deux enfants, siège aussi  au conseil d'administration de Kering, la société dirigée par François-Henri Pinault, enseigne à Sciences Po et collabore au Conseil d'analyse économique (CAE), instance qui conseille le Premier ministre. Laurence Boone est également titulaire d’un DEA Modélisation et Analyse Quantitative de l'université de Paris X Nanterre et d'un doctorat d'économétrie appliquée de la London Business School.

Critique au bazooka de la politique de Hollande

Mais ce qui marque le plus, ce sont ses activités annexes, celle de chroniqueuse, notamment pour L’Opinion, quotidien qui se revendique de la droite libérale. Dans ces colonnes, elle n’hésite pas à sortir le bazooka pour critiquer la politique économique de la France. Le 26 mai dernier, dans une tribune intitulée «Arrêtons le massacre», elle expliquait par exemple que la France présentait une «absence totale de politique économique». Que «sans présentation d'une stratégie économique crédible, la France dans trois ans, c'est 3 millions de chômeurs, 3-4% de déficit, une dette à 100% du Produit intérieur brut (PIB), des jeunes très diplômés qui continuent de s'installer à l'étranger».

Par ailleurs elle juge qu'«en Europe, les Etats surendettés qui ont mal géré leurs finances devraient être sanctionnés en faisant faillite». Mais elle a aussi pris position pour davantage d'intégration européenne, plaidant pour «une union politique, un gouvernement et un budget de l'euro», financé par un impôt sur les sociétés harmonisé, et même une «assurance-chômage de la zone euro», ainsi qu'un contrat de travail européen.

Si cette nomination est décriée, il ne faut pas oublier que le prédécesseur de Laurence Boone, Emmanuel Macron, venait déjà de la banque d’affaires Rothschild.