Jacques Toubon défenseur des Droits, une nomination qui ne passe pas pour tout le monde

POLITIQUE Plusieurs personnalités s'émeuvent notamment des votes de Jacques Toubon contre la peine de mort et la dépénalisation de l'homosexualité, en 1981...

E.O.
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Jacques Toubon, le 11 septembre 2013 à Paris.
Jacques Toubon, le 11 septembre 2013 à Paris. — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Le communiqué de l’Elysée en a surpris plus d’un, mercredi soir. «Le Président de la République envisage de nommer M. Jacques Toubon en qualité de Défenseur des droits», indique le message laconique.

Jacques Toubon, 72 ans, est un proche de Jacques Chirac. Il a été député RPR (1981-1983), ministre de la Culture puis de la Justice (1993-1997), maire du 13e arrondissement (1983-2001), député européen (2004-2009). En somme, c’est une personnalité d’ouverture que le pouvoir socialiste voudrait voir succéder à Dominique Baudis, décédé le 10 avril. Mais si la nomination -qui doit encore être validée à l’Assemblée et au Sénat- crée des crispations à gauche, ce n’est pas tant à cause du pédigrée de Jacques Toubon que de ses positions passées.

Emploi fictif

Le probable futur Défenseur des droits est notamment pointé du doigt pour avoir voté contre la loi sur l’abolition de la peine de mort, en 1981. La nomination «a du mal à passer», écrit ainsi le député PS Yann Galut.

Franchement la nomination de #Toubon comme défenseur des Droits a du mal a passer…#votesurlapeinedemort #TiberiHelico
— Yann Galut (@yanngalut) June 12, 2014



L’élu fait également référence à l’épisode de l’hélicoptère envoyé en 1996 dans l’Himalaya pour chercher un procureur dont l’adjoint avait lancé une information judiciaire contre Xavière Tibéri, suspectée d’avoir touché de l’argent public dans le cadre d’un emploi ficitf. A cette époque, Jacques Toubon était Garde des Sceaux. La procédure contre l’épouse de l’ex-maire de Paris a finalement été annulée en 2001.

«Le copinage et l’entre-soi n’est pas inéluctable»

«Bravo, François Hollande», ironise Julien Bayou, un des porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts, mentionant quant à lui le vote de Toubon contre la dépénalisation de l’homosexualité, en décembre 1981.

Bravo @fhollande RT @ChevillonW: Toubon a voté contre la dépénalisation de l’homosexualité! #Defenseurdesdroits pic.twitter.com/lQXL7RBqDy
— Julien Bayou (@julienbayou) June 12, 2014



«Il a, en tant que Garde des Sceaux, déclaré en 1995: "L’ordre public s’oppose à la reconnaissance des couples homos"», insiste dans un communiqué la sénatrice centriste Nathalie Goulet, qui juge par ailleurs que «le Président devrait veiller à promouvoir une nouvelle génération plutôt que de se livrer au recyclage».

Yann Galut ainsi que son collègue Alexis Bachelay demandent aux membres de la commission des Lois de rejeter la nomination de Toubon -les trois cinquièmes des suffrages des commissions à l’Assemblée et au Sénat sont nécessaires pour valider la proposition. Même démarche du côté de Julien Bayou et du socialiste Mehdi Ouraoui, qui ont lancé une pétition en ligne pour réclamer que les parlementaires ne laissent pas François Hollande nommer Jacques Toubon. «Le copinage et l’entre-soi n’est pas inéluctable», écrivent les deux hommes, qui souhaitent que «les députés offrent (à Toubon) la retraite qu’il mérite et proposent enfin un nom en phase avec les attentes de la société pour défendre et faire progresser nos droits.»

En revanche, Jacques Toubon peut compter sur le soutien d'un socialiste en la personne de Malek Boutih.«La gauche doit tourner le dos au sectarisme et ne pas confondre celui qui fut un adversaire politique avec l'homme qu'il est devenu et qui est respecté par tous ceux qui l'ont côtoyé», écrit le député, qui vante les «qualités intellectuelles» de Toubon ainsi que «son investissement sur les questions d'immigration».