UMP: Changer le nom du parti, une bonne idée?

POLITIQUE Il s'agirait en tout cas d'un «acte symbolique fort» selon Nathalie Kosciusko-Morizet, à l'origine de cette proposition...

Enora Ollivier

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Illustration: un pupitre, au siège de l'UMP.
Illustration: un pupitre, au siège de l'UMP. — JOEL SAGET / AFP

Il y a eu le RPF, l’UDR, le RPR, l’UMP. Et bientôt un nouveau nom pour le principal parti de la droite française? Nathalie Kosciusko-Morizet a souhaité mardi que le congrès de sa formation, qui aura lieu en novembre, soit celui de la «refondation». Et dans cette visée, l’ancienne candidate à la mairie de Paris suggère «des actes symboliques forts, comme le changement de nom de l’UMP».

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NKM n’est pas la première à vouloir concrétiser l’envie de dérider son parti en changeant son nom. Après la présidentielle de 2007, Manuel Valls, alors député de l’Essonne, avait proposé que le Parti socialiste, dont il trouvait le «train-train» «mortel», change de nom et «dépoussière» son image. Sans parler de Marine Le Pen pour qui une modification du nom du Front national n’est «pas un tabou», quand bien même (ou, justement, parce que?) son père et fondateur du mouvement y est farouchement opposé.

«Marquer une modernité, un nouvel élan»

«Les changements de noms ont toujours un sens», explique Jean Garrigues*, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans et à Sciences-Po Paris, qui est généralement de «marquer une modernité, un nouvel élan». En devenant successivement en 2002 Union pour une majorité présidentielle puis Union pour un mouvement populaire (UMP dans les deux cas), le parti gaulliste a acté «le rassemblement de plusieurs mouvements de la droite libérale et de la droite centriste» tout en se rapprochant, par le nom, du Parti populaire européen (PPE) regroupant les formations conservatrices de l’UE.

Aujourd’hui, passer de l’UMP à une nouvelle dénomination ne serait pas illogique, poursuit l’historien puisqu’on assiste à «l’affirmation d’un nouveau pôle centriste qui invalide le propos initial». En 2012, plusieurs centristes de l’UMP ont en effet quitté la formation pour créer l’UDI, laquelle a fait alliance avec le MoDem de Bayrou pour les européennes au sein de «l’Alternative».

Mais il existe un risque, pointe le publicitaire François Belley, auteur en 2008 de Ségolène, la femme marque: celui de «perdre les repères des électeurs». Car «quand on part de zéro, il est difficile de raconter une histoire».

Nouvelle génération

Modifier l’appellation du parti pourrait l’adapter à la nouvelle génération qui cherche à émerger, celle des «quadras»: NKM, Bruno Le Maire, Xavier Bertrand. Cela avait été le cas avec Jacques Chirac qui a créé en 1976 le Rassemblement pour la République (RPR), succédant à l’Union des démocrates pour la République (UDR) de Jacques Chaban-Delmas.

Reste que le moment est peut-être mal choisi pour un parti qui souffre d’un important endettement et n’a pas encore tranché sur son positionnement idéologique. Changer de nom peut passer pour «une façon de faire le buzz», résume François Belley, qui convoque le principe marketing selon lequel «quand un produit vieillit, il faut changer le packaging». «Peut-être», suggère-t-il, «les politiques devraient-ils d’abord envoyer d’autres messages, sur l’éthique ou le projet».

*Auteur de Le monde selon Clémenceau (Tallandier, 2014)