Appel des 100 au sein de la majorité: «A période historique, initiative historique»

COLLECTIF C'est ainsi que le député tendance hamoniste Pouria Amirshahi explique comment des socialistes de (presque toutes) les tendances ont sorti une plateforme commune sur le correctif budgétaire...

Maud Pierron
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Pouria Amirshahi, en 2009. 
Pouria Amirshahi, en 2009.  — OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Les débâcles successives des municipales et des européennes auront constitué le coup de pied aux fesses de trop pour eux. Eux, ce sont les parlementaires socialistes qui ont lancé «l’appel des 100» pour un nouveau contrat de majorité et dévoilé lundi soir leur plateforme de contre-propositions sur le correctif budgétaire, présenté mercredi en conseil des ministres.

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Parmi les petites mains qui ont préparé cette plateforme (pour le détail des mesures, c’est par ici), on trouve beaucoup de tendances et sous-tendances socialistes, depuis les hamonistes d’Un monde d’avance jusqu’à Maintenant la gauche d’Emmanuel Maurel, en passant par la Gauche populaire, la Gauche durable et les Reconstructeurs, voire des proches de Montebourg… Un petit monde qui pour une fois, au lieu de s’affronter, a décidé de faire cause commune. «A période historique, initiative historique. On a procédé à des dépassements de chapelles et de courants car le plus important aujourd’hui, c’est la crise économique et la crise politique qui s’ensuivrait si elle se poursuit», explique le député Pouria Amirhasi, lieutenant déçu de Benoît Hamon et cofondateur de la Gauche durable avec Christian Paul.

Chacun lâche du lest

«On n’a pas la même sensibilité ni la même analyse mais on est tous d’accord pour dire qu’il y a un déséquilibre dans la politique fiscale du gouvernement, qui penche trop en faveur des entreprises et pas assez des ménages», explique Laurent Baumel, cofondateur du collectif de la Gauche populaire. Pour faire simple, la politique de l’offre de François Hollande est loin d’être leur tasse de thé, d’autant qu’il «l’a imposée sans discussion préalable».

Le principe de réalité s’est aussi imposé à chacun, comme l’explique le député des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain. «Avant, un courant tentait d’imposer un amendement mais n’avait que 15 parlementaires. Là, l’objectif, c’est de faire un maul de 150 parlementaires pour véritablement peser sur la politique du gouvernement». Aujourd’hui, ils sont encore loin du compte mais pensent pouvoir faire des «coups» sur un ou deux des amendements qu’ils proposeront.

En pratique, chacun a un peu lâché du lest. «Tout le monde a fait un pas vers l’autre. Les hamonistes n’ont pas remis les 3 % dans le débat, toutes nos dépenses sont financées, raconte Jean-Marc Germain, ex-directeur de cabinet de Martine Aubry. Moi, j’ai accepté l’idée d’une CSG progressive». L’idée c’est que s’ils n’ont pas le même maillot ils ont le même but: parler à des électeurs de gauche «aux abonnés absents», «déçus», «en colère».

Un régime à bout de souffle

«Notre objectif est de faire baisser réellement le chômage et d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages. Si on n’y parvient pas, ni le chef de l’Etat ni nous n’avons d’avenir en 2017», développe Jean-Marc Germain. Il n’est pas question de défier le chef de l’Etat, ni de mener une fronde, un terme qu’ils trouvent «infantilisant», mais d’exercer tout simplement leur rôle de parlementaire. Car l’autre point sur lequel ces socialistes de tous bords se retrouvent, c’est une évolution des institutions.

«Le régime de la Ve République est à bout de souffle, constate Laurent Baumel. Il faut une parlementarisation plus forte car l’hyper-concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, quand la politique qu’il mène aboutit à un divorce avec le peuple, devient un problème majeur», assure-t-il.

Au gouvernement, on balaie de la main l’initiative de ces députés rebelles, jugeant qu’ils ne sont qu’une infime minorité. «Le mépris par le nombre, ce n’est pas la bonne méthode. En 2005, quand j’étais contre le traité constitutionnel, on me disait aussi que j’étais minoritaire», rétorque Pouria Amirshahi, qui imagine voir ce collectif déboucher sur une organisation plus formelle. «A titre personnel, je le souhaite. C’est un amalgame qui se fait tranquillement».