Démission de Copé: «Son retour est très improbable aujourd’hui, mais pas impossible»

INTERVIEW C’est ce qu’estime Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d'Orléans et à Sciences-Po Paris…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-Francois Copé au siège de l'UMP le 25 mai 2014 à Paris
Jean-Francois Copé au siège de l'UMP le 25 mai 2014 à Paris — Fred Dufour AFP

«Une page se tourne (…) Je ferai de la politique autrement». Jean-François Copé explique sa démission de la présidence de l’UMP, mardi soir sur TF1. Mais cette démission -obtenue à l’issue d’une réunion fratricide des ténors de l’UMP mardi matin- signe-t-elle la fin de sa carrière politique? Eléments d’explication par Jean Garrigues*, professeur d’histoire contemporaine à l’université Orléans et à Sciences-Po Paris.

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Avec cette démission, est-ce la fin de la carrière politique de Jean-François Copé?

Les disparitions politiques sont nombreuses sous la Ve République. On a eu notamment Dominique Strauss-Kahn et l’affaire de la Mutuelle nationale des étudiants de France (Mnef). [L’affaire éclate en 1998, et DSK, alors ministre, est contraint à la démission en 1999. Relaxé en 2001, il est élu la même année député PS du Val d’Oise]. Ou encore Alain Juppé [Condamné en 2004 dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, Alain Juppé est obligé de quitter ses fonctions parlementaires et municipales. Il part au Canada et ne revient en France qu’à l'été 2006. Cette même année, il est réélu maire de Bordeaux]. Le retour au premier plan de la vie politique de Jean-François Copé est aujourd’hui très improbable, mais pas impossible.

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Mais Jean-François Copé est aujourd’hui soupçonné, et non condamné…

Cela relève du principe de précaution institué par Edouard Balladur, alors Premier ministre [1993-1995]. Si un ministre était impliqué dans une procédure judiciaire, il devait démissionner. Ce principe a continué avec, notamment, les démissions de Christian Blanc et d’Alain Joyandet en 2010. Jean-François Copé n’est évidemment pas ministre, mais sa démission relève de ce même principe de précaution. Il est sous la pression de ses amis et concurrents politiques, mais aussi sous la pression de l’opinion publique et des médias.

Les hommes et femmes politiques reviennent-ils toujours?

Les grandes figures reviennent souvent, comme le montrent Laurent Fabius [attaqué dans l’affaire du sang contaminé] ou encore Alain Juppé. Ils font aujourd’hui office de recours dans leurs familles politiques. A un autre niveau, il y a Henri Emmanuelli [condamné en qualité de trésorier du Parti socialiste dans l’affaire Urba en 1997] ou encore Patrick Balkany [condamné en 1996 , il s’exile à Saint-Martin avant de faire son retour en 2001].

Mais ce n’est pas toujours le cas, comme le montre le cas de Michel Noir. Promis aux plus hauts sommets du pouvoir, il est condamné en 1996 pour recel d’abus de biens sociaux dans l'affaire Pierre Botton. Mais lui n’est jamais revenu. Il a rejoint le privé. Pourquoi? Il y a deux éléments: il s’est heurté à l’hostilité de Jacques Chirac qui ne voulait pas le voir revenir et il n’avait plus de réseaux puissants pour le soutenir. Mais c’est surtout sa déception et son manque de volonté de revenir qui ont empêché ce retour. Ainsi, pour revenir, il faut une très grande ambition, une grande volonté de reconstruire son image et des appuis.

Il y a aussi des exceptions?

Evidement. Il y a le cas Dominique Strauss-Kahn qui est une affaire de mœurs. Il y a aussi le séisme produit par Jérôme Cahuzac. C’est une affaire incomparable, car il y a, outre ce compte caché, un mensonge public au sein de l’Assemblée nationale. La sanction collective est exceptionnelle, à la hauteur de la faute.

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*Auteur de Le monde selon Clémenceau, édition Tallandier.