VIDEO. Qui est vraiment Jérome Lavrilleux ?

PORTRAIT Retour sur le parcours de l’homme de l’ombre, fidèle de Jean-François Copé, qui a admis le 26 mai avoir dissimulé le dépassement des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy...

Anissa Boumediene, avec Anne-Laëtitia Béraud

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L'ex-directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, Jérôme Lavrilleux, le 22 novembre 2012 à Paris
L'ex-directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, Jérôme Lavrilleux, le 22 novembre 2012 à Paris — Kenzo Tribouillard AFP

Un nom synonyme de scandale. En larmes, Jérôme Lavrilleux, le bras droit de Jean-François Copé à l’UMP, a endossé la responsabilité du dérapage dans les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy le 26 mai sur le plateau de BFMTV. Il a exclu toute responsabilité de la part de Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy dans cette dissimulation.

En tant qu'ex directeur-adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, Jérôme Lavrilleux a révélé que la société Bygmalion avait facturé des événements fictifs à l’UMP pour couvrir l’explosion des frais de campagne de l'ancien président. Un stratagème qui n’empêchera pas la Cour des comptes d’invalider les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, ce qui entraînera la grande souscription de l'UMP, surnommée «Sarkothon».

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Un conseiller politique hors pair

Fils de garagiste, Jérôme Lavrilleux, 44 ans, aime rappeler qu’il vient d’un milieu modeste. Décrit par ses détracteurs comme le chargé des basses besognes de Jean-François Copé, rien ne plaît tant à ce titulaire d’un BTS de commerce international que de tenir tête aux énarques et autres diplômés de grandes écoles qui peuplent l’UMP. Originaire de Saint-Quentin (Aisne), c’est aux côtés de Xavier Bertrand, dont il sera le témoin à son mariage, qu’il se lance en politique. 

Mais quinze ans après cette alliance, la rupture est consommée pour une raison inconnue. En 2004, celui qui est alors conseiller général de l’Aisne se rapproche de Jean-François Copé, l'ennemi politique de Xavier Bertrand. C’est le début d’une collaboration au long cours entre Jérôme Lavrilleux et Jean-François Copé.

De l’Assemblée nationale à la présidence de l'UMP, rien ne sépare Jérôme Lavrilleux de Jean-François Copé, qui le nomme directeur de cabinet. Homme de l'ombre, conseiller politique, travailleur infatigable, amateur des coups tordus et des petites phrases assassines, il assure régulièrement auprès des journalistes le service après-vente des déclarations de Jean-François Copé.

Homme de l’ombre efficace

Une ambition récompensée. Début 2012, Jérôme Lavrilleux devient l’un des hommes forts de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, qui en fait son directeur adjoint de campagne, chargé de la logistique. Jérôme Lavrilleux est notamment chargé des meetings de Nicolas Sarkozy, qui s'enchaînent à un rythme quasi-quotidien. Loué pour son efficacité, Jérôme Lavrilleux a pour fait d’arme d’avoir fait acheter par l’UMP le nom de domaine «lechangementcestmaintenant», sitôt après avoir découvert le slogan de campagne du candidat François Hollande...

En octobre 2012, Jérôme Lavrilleux est décoré de l’ordre national du mérite par Nicolas Sarkozy, officiellement retiré de la vie politique. Au cours de la cérémonie, qui se déroule dans les bureaux parisiens de l’ancien chef de l’Etat, rue de Miromesnil, Nicolas Sarkozy loue les qualités de son ancien collaborateur: «Voilà un homme qui a le talent de ne pas embêter les personnes pour qui il travaille avec des problèmes qu’elles n’ont pas à connaître». Un hommage qui prend aujourd’hui un étrange éclairage.

 

Inconnu du grand public jusqu'à l'automne 2012, Jérôme Lavrilleux fait une sortie fracassante au moment de la guerre fratricide entre Copéistes et Fillonnistes pour la présidence de l'UMP. Devant les caméras, il dénonce alors avec une rare violence le bourrage des urnes par les partisans de François Fillon. 

Récompensé pour sa loyauté et son sens politique, Jérôme Lavrilleux est investi en janvier 2014 tête de liste UMP Nord-Ouest pour les élections européennes du 25 mai. Un scrutin qu'il gagne, devenant alors député européen, pour une prise de fonction fixée au 1er juillet 2014. Mais Jérôme Lavrilleux prendra-t-il vraiment son siège de député européen? Nombreux sont ceux qui, à l'UMP, appellent à sa démission.  

Le 26 mai dernier, Jérôme Lavrilleux assurait sur BFMTV qu'il «répondrait à toutes les convocations» de la justice sur l'affaire tentaculaire Bygmalion. Et à propos de son immunité parlementaire instaurée en juillet 2014, Jérôme Lavrilleux indiquait: «Je ne me réclamerai pas de cette immunité».