«Mafieux», «scandaleux», «inacceptable»: Les donateurs de l’UMP réagissent à l’affaire Bygmalion

POLITIQUE «20 Minutes» a demandé à des jeunes militants UMP, qui avaient donné lors du «Sarkothon» l’été dernier, de s’exprimer sur les derniers rebondissements de l’affaire Bygmalion…

Vincent Vantighem

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Nicolas Sarkozy s'est réjoui lundi de la réussite de son rassemblement, la veille, place de la Concorde à Paris, qui a réuni "120.000 personnes" selon lui, et a refusé de s'inquiéter de la série de sondages le donnant largement battu par François Hollande.
Nicolas Sarkozy s'est réjoui lundi de la réussite de son rassemblement, la veille, place de la Concorde à Paris, qui a réuni "120.000 personnes" selon lui, et a refusé de s'inquiéter de la série de sondages le donnant largement battu par François Hollande. — Eric Feferberg afp.com

La mine déconfite, le permanent de l’UMP Paris ouvre la porte du local de la rue d’Alger sur laquelle figure toujours l’affiche de campagne pour les européennes. La victoire du Front national n’est pas vraiment le problème du jour. «Aucun militant n’est venu aujourd’hui. Et je ne crois pas qu’il y en aura. Ils sont tout de même…», lâche-t-il tout en veillant bien à ne pas terminer sa phrase.

«Tout ça pour enrichir une boîte de communication!» 

Le mal de tête électoral de dimanche soir s’est poursuivi, ce mardi, par une gueule de bois monumentale liée à l’affaire des fausses factures pour les sympathisants UMP. En juillet 2013, on leur avait demandé de mettre la main à la poche pour sauver leur parti, Nicolas Sarkozy ayant dépassé le plafond de campagne de 400.000 euros. Lundi, ils ont découvert que leur candidat aurait explosé son compte de campagne de plus de dix millions d’euros. Et surtout que le parti aurait tenté de camoufler l’affaire à l’aide d’un système de fausses factures, selon des révélations lundi de l’avocat de Bygmalion.

>> Décryptage: Tout comprendre à l’affaire Bygmalion

«Les militants se sentent trahis. C’est un vrai système mafieux qui a été mis en place», résume d’une traite Pierre-Henri Bovis. Adjoint au maire d’Achères (Yvelines), celui qui est aussi délégué national des Jeunes UMP était l’un des généreux donateurs qui a participé au «Sarkothon» l’été dernier. «On nous a expliqué, les yeux dans les yeux, que notre parti était au bord du gouffre, qu’il y avait un trou de onze millions à combler. Tout ça pour enrichir une boîte de communication dont Copé est actionnaire! Ce n’est pas acceptable!»

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Antoine, lui, semble pourtant prêt à l’accepter. Sympathisant UMP non encarté, il ne se souvient plus du montant qu’il a donné à l’UMP lors de la grande souscription. «Mais c’était une petite somme, confie-t-il. Pour moi, c’est d’abord un problème de financement des campagnes électorales. C’est plus une affaire de contournement de la loi que de détournement de fonds.» Ce Parisien explique ainsi qu’il est favorable à ce que l’on ne plafonne pas les frais de campagne, reprenant l’argumentaire développé lundi soir par Jérôme Lavrilleux.

Trier les «élus honnêtes» des «pourris»

Ce nom fait justement bondir Pierre-Henri Bovis. «En plein scandale, on ne trouve rien de mieux que d’envoyer un responsable pleurer en direct sur BFM TV. Avec le recul, je me dis que je n’aurais pas dû donner d’argent…»

C’est justement le choix qu’avait fait à l’époque Arnaud. Etudiant en droit, ce Parisien est encarté depuis cinq ans à l’UMP. «A l’époque, j’avais refusé de participer au «Sarkothon» car je ne trouvais pas ça normal que ce soit aux militants de payer pour les erreurs commises par une équipe de campagne», réagit-il. Déçu, il espère aujourd’hui que les Français réussiront à trier le bon grain de l’ivraie politique, les «élus honnêtes» des «pourris». «Encore heureux que cette affaire éclate après les européennes. Sinon, je me demande bien quel score le FN aurait réalisé…»