Bygmalion: Nicolas Sarkozy dans la tourmente, tout comprendre à cette affaire

POLITIQUE Patrick Maisonneuve, l’avocat de la société Bygmalion, a annoncé, ce lundi après-midi, qu’un système de fausses factures avait été mis en place «à la demande de l’UMP» pour dissimuler des dépenses liées aux meetings de Nicolas Sarkozy durant la campagne de 2012… 

Vincent Vantighem

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Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé déjeuneront ensemble vendredi, a confirmé mercredi auprès de l'AFP l'entourage du président de l'UMP.
Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé déjeuneront ensemble vendredi, a confirmé mercredi auprès de l'AFP l'entourage du président de l'UMP. — Martin Bureau AFP

En moins d’une journée, l’UMP aura presque réussi à faire oublier le désastre des élections européennes. Alors que Jean-François Copé doit s’expliquer, mardi lors d’un bureau politique du parti, sur l’affaire Bygmalion, l’avocat Patrick Maisonneuve a lancé, ce lundi après-midi, un pavé dans la mare.


 

>> Les Faits: Retour sur les annonces de Patrick Maisonneuve

Défendant la société Bygmalion, il a confirmé qu’un système de fausses factures avait bien été mis en place «à la demande l’UMP» mais il a aussi expliqué qu’il servait à dissimuler les dépenses liées aux meetings de Nicolas Sarkozy durant la campagne de 2012. Dans la foulée, l'ancien trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy, Philippe Briand a démenti, affirmant qu'il «n'a jamais été demandé d'imputer des dépenses sur le compte de l'UMP». 20 Minutes décrypte cette affaire.

En quoi consistait le système de fausses factures?
C’est une affaire des «comptes de campagne» de Nicolas Sarkozy. Selon Patrick Maisonneuve, l’UMP aurait imputé, en 2012, des frais de campagnes de Nicolas Sarkozy sur ses propres comptes plutôt que sur celui du candidat afin que celui-ci ne dépasse pas le plafond de dépenses autorisé par la loi (22,5 millions d’euros).

Si l’on lit les déclarations de l’avocat entre les lignes, on comprend qu’il a été demandé à la société Bygmalion d’établir des fausses factures. Plutôt que d’inscrire le nom de meetings de Nicolas Sarkozy, Bygmalion a dû écrire le nom de conventions fictives de l’UMP sur les factures.

Le montant de la prestation était donc imputé aux comptes du parti et non à celui du candidat, soumis au contrôle de la Commission des comptes de campagne. Evoquant une forme de «chantage économique», Patrick Maisonneuve a bien expliqué ce système de fausses factures avait été mis en place «à la demande de l’UMP».

De quel montant parle-t-on?
Patrick Maisonneuve assure que le système de fausses factures correspond à une somme d’environ 10 millions d’euros. D’après les révélations du Point et de Libération, entre 55 et 70 conventions fictives auraient donc été imaginées par Event & Cie, la filiale de Bygmalion, a posteriori, afin de «couvrir» les dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy qui aurait donc explosé le plafond autorisé.

Parmi les conventions fictives, on trouve notamment «une conférence sur l’accès au crédit» au côté de laquelle était attaché le nom de l’élu de Paris Pierre Lellouche ou encore une «convention sur la réforme des retraites» animée par le député Arnaud Robinet. Entendus par les policiers, les deux élus UMP ont démenti avoir participé à ces réunions. Et pour cause, elles étaient fictives.

La manœuvre a-t-elle permis à Nicolas Sarkozy de rester sous le plafond autorisé?
Non. Et c’est sans doute ça le pire. Malgré la manœuvre de fausses factures, qui aurait donc permis de transférer 10 millions de dépenses du compte du candidat à celui du parti, Nicolas Sarkozy a été rappelé à l’ordre par la Commission des comptes de campagne (CCNFP).

Le 19 décembre 2012, la CCNFP a rejeté les comptes du candidat Sarkozy car ses dépenses «excédaient de 466.118 euros, soit 2,1 % du plafond autorisé». Ce fameux plafond était fixé à 22,5 millions d’euros pour chacun des deux candidats présents au second tour de l’élection présidentielle de 2012. En réalité, le candidat de l’UMP aurait donc dépassé de bien plus le fameux plafond autorisé si l’on considère, comme le dit Patrick Maisonneuve, que des frais de sa campagne ont été détournés sur le compte du parti.

Ces révélations exonèrent-elles Jean-François Copé de toute responsabilité dans l’affaire?
Non mais désormais c’est toute la maison UMP qui se retrouve dans la tourmente. Depuis le début des révélations, Jean-François Copé était dans l’œil du cyclone car la société Bygmalion est dirigée par plusieurs de ses proches. Surtout, sa défense -consistant à dire qu’il n’était au courant de rien et ne signait pas lui-même les factures- avait du mal à passer dans l’opinion.


Affaire Bygmalion: Jean-François Copé change de… par BFMTV

Aujourd’hui, le scandale éclabousse donc le camp Sarkozy, toujours en embuscade pour 2017. Se faisant, il n’exonère pas Jean-François Copé qui, si le système correspond bien aux révélations de Patrick Maisonneuve, ne pouvait pas l’ignorer.

Pour autant, Jean-François Copé ne se serait pas enrichi dans la manœuvre comme certains ont tenté de le prétendre ces dernières semaines. «On a dit que M. Copé se serait enrichi. Pour moi, ce n’est pas le cas, pas en tout cas du côté de Bygmalion. Bygmalion n’a pas financé M. Copé ni à titre personnel, ni sur le plan politique», a encore lâché Patrick Maisonneuve.