Un dimanche tournant dans la campagne

PRESIDENTIELLE Duel à distance entre les candidats PS et UMP: Royal réunit les militants à Villepinte, Sarkozy ses comités de soutien à Paris

JH, avec AFP

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Ségolène Royal (PS) devance Nicolas Sarkozy (UMP) dans le classement des personnalités que les Français souhaiteraient voir se présenter à la présidentielle de 2007, mais le ministre de l'Intérieur reste largement en tête en termes d'intentions de vote, selon le baromètre TNS-Sofrès à paraître samedi dans Le Figaro-Magazine.
Ségolène Royal (PS) devance Nicolas Sarkozy (UMP) dans le classement des personnalités que les Français souhaiteraient voir se présenter à la présidentielle de 2007, mais le ministre de l'Intérieur reste largement en tête en termes d'intentions de vote, selon le baromètre TNS-Sofrès à paraître samedi dans Le Figaro-Magazine. — Martin Bureau AFP/Archives
Que se passe-t-il dimanche pour Ségolène Royal?
La candidate socialiste, tient à partir de 14h30 un meeting à Villepinte, devant au moins 8.000 personnes. La matinée sera consacrée à restituer les débats participatifs et à préciser «les grandes orientations de la plate-forme présidentielle», à partir d'une grande synthèse intitulée «les cahiers d'espérance». Un tiers des sujets concernent la vie chère, un tiers l'éducation/formation, un tiers l’environnement et le développement. Le tout sera réuni dans la synthèse «les cahiers d'espérance», qui se veut, selon Benoît Thieulin, «la photographie d'une année de débats» et sera rendue publique ce week-end.

Il y a eu environ 6.000 débats locaux, auxquels ont participé, selon le PS, quelque 600.000 sympathisants, sans doute plusieurs fois les mêmes. Et aussi sur le Net, avec quelque 135.000 contributions mises en ordre par 70 modérateurs-synthétiseurs bénévoles. Mais pour préparer son discours, Ségolène Royal a prévu de consulter les principaux responsables du PS. Elle cherche en effet depuis peu à associer davantage les ténors du parti. Elle a ainsi chargé l'ancien ministre de l'Economie Dominique Strauss-Kahn d'un rapport sur la fiscalité et fait appel à des plumes mitterrandiennes pour l’aider à rédiger ses futurs discours.


Que se passe-t-il dimanche pour Nicolas Sarkozy?
A 14h30, le candidat de l'UMP réunira pour la première fois ses «comités de soutien» locaux à la Mutualité à Paris, haut lieu de la gauche. Officiellement, il s'agit d'un hasard de calendrier, mais un proche de Nicolas Sarkozy reconnaît sans détour: le but est de «parasiter la grand-messe de Ségolène Royal». Une partie de la matinée sera consacrée à l'organisation technique des comités de soutien locaux, avant les discours de quelques «ténors» comme François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy.

«Il s'agit de montrer qu'il y a de plus en plus d'énergies qui se fédèrent autour de Nicolas Sarkozy, au-delà de la famille de l'UMP», dit le député Laurent Wauquiez, conseiller du candidat. «Nous voulons donner la parole à tous ces gens qui n'appartiennent pas à l'UMP, qui pour certains d'entre eux n'avaient jamais eu d'engagement avant ou avaient peut-être un engagement à gauche ou à l'UDF», ajoute-t-il. Sont invités les responsables de tous les comités de soutien locaux, un millier à ce jour : «La Corrèze avec Nicolas Sarkozy» aux «Berbères avec Nicolas Sarkozy», «médecins du Lot-et-Garonne avec Nicolas Sarkozy»... «La Diagonale», un club de réflexion rassemblant des «sarkozystes de gauche», sera également représentée.


Connaîtra-t-on alors le programme de Ségolène Royal?
Selon Julien Dray, porte-parole du PS et proche de la candidate, les convergences entre le projet socialiste et les éléments remontés des débats sont claires. Quand il y a divergence, «la démocratie participative ne dédouane pas de la responsabilité politique : le responsable politique écoute, mais c'est lui qui décide». Sur l'économie et le travail, les «synthétiseurs» ont relèvé une tension «entre une tendance libérale, visant à accroître la flexibilité» dans l'entreprise, et «une tendance plus protectrice des droits des salariés». Les débats devraient donc, selon lui, ne fournir que des «inflexions» au projet socialiste. Qui sera connu après la réunion des élus socialistes aux alentours du 20 mars.

Connaîtra-t-on alors le programme de Nicolas Sarkozy?
Le ministre - candidat a déjà largement ébauché ce qui pourrait être son programme présidentiel au fil de ses discours et des interviews qu'il accorde à la presse. Selon son entourage, il devrait profiter de son discours de dimanche pour "donner une cohérence" à ses propres propositions. Il semble cependant se donner encore un peu de temps pour les réunir dans un programme en bonne et due forme. «Début mars, je ferai une conférence de presse qui sera sans doute l'occasion de revenir sur tout ça», confiait-il lundi dernier.


Pourquoi la journée est-elle importante pour Ségolène Royal?
Ségolène Royal devrait tracer les grandes lignes de son projet, prendre des «engagements» dont certains sont déjà connus. Lors d’un chat sur 20minutes.fr, Malek Boutih a déclaré qu’il fallait s’attendre des engagements forts pour les classes populaires. Si certains socialistes minimisent la portée du discours du 11 février, l'événement doit consacrer la stature présidentielle de la candidate socialiste et être le début d’une «phase de combat». Selon le député Claude Bartolone, ce discours sera «fondateur par certains côtés» et donnera «envie à la gauche de se mobiliser» . Il peut constituer aussi un tournant dans la campagne, tant la pression médiatique et l'attente de ses propositions sont fortes. Ségolène Royal, en période de trou d’air sondagier, s'efforcera de faire ressortir, selon ses proches, «la cohérence» qui manque encore à son projet. Notamment sur ses propositions économiques et sociales, un terrain sur lequel elle est restée évasive.

Pourquoi la journée est-elle importante pour Nicolas Sarkozy?
Le ministre de l'Intérieur qui a refusé samedi de parler de «tournant» devrait développer sa conception de l'«ouverture politique» qu'il affirme vouloir mettre en oeuvre s'il est élu à l'Elysée en mai. «Je veux être le président de l'ouverture (...) Je ne suis pas l'homme d'un clan», a-t-il déclaré lundi sur TF1. «Je m'expliquerai en détail dimanche», a-t-il précisé le lendemain. L’intervention d’André Santini devrait être le clou du spectacle. Le député maire UDF d’Issy-les-Moulineaux s’interroge depuis longtemps sur la stratégie de François Bayrou. Le durcissement de ton du leader centriste contre Nicolas Sarkozy l’a apparemment décidé à franchir le pas.
Le président de l'UMP devrait parler de «l'ouverture» politique qu'il promet en cas de victoire, tout en assurant qu'il ne s'agit pas d'une tentative de débauchage de centristes. Et ses partisans n'hésitent pas à faire circuler des noms... « Tout le monde me dit que le 11 février est la journée de Ségolène Royal. On va voir », ironise ce conseiller de Sarkozy.

Sarkozy devrait en tout cas être satisfait du dernier événement de cette journée. Une interview de Jacques Chirac chez Drucker dans laquelle le président laisse entendre pour la première fois qu'il ne briguera pas de troisième mandat.

Photo: Nicolas Sarkozy s'entretient avec Ségolène Royal, le 11 décembre 2002 à l'Assemblée (AFP).