Tribune sur les européennes: Les messages cachés de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE A trois jours du scrutin, l'ex-chef de l'Etat défend l'Europe dans une tribune publiée par «Le Point» et adresse plusieurs messages aux Français…

Anne-Laëtitia Béraud

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Nicolas Sarkozy à New York le 24 avril 2014.
Nicolas Sarkozy à New York le 24 avril 2014. — NO CREDIT

Nicolas Sarkozy, prise de parole, Acte II. Après une première tribune à la veille des élections municipales de mars, où il répondait aux soupçons de «trafic d’influence», Nicolas Sarkozy en a écrit une nouvelle, publiée ce jeudi dans Le Point et dans le quotidien allemand Die Welt. A trois jours du scrutin pour les Européennes, point de retour sur les affaires, mais pleins feux sur l’Europe. Avec quelques messages plus ou moins cachés adressés aux Français, aux adversaires et aux amis.

>> Les thèmes de la tribune de Nicolas Sarkozy dévoilés ici

L’ambition du «leadership»

Ligne de force du long propos pro-européen de Nicolas Sarkozy: le «leadership». Une aptitude à diriger que l’ancien chef de l’Etat souhaite évidemment incarner. Aux adversaires François Hollande et la majorité socialiste, qu’il ne nomme jamais, ils sont fustigés pour les impôts, les déficits, ou encore «les dépenses publiques sans frein»…

Dans un registre dramatique, Nicolas Sarkozy leur adresse d’ailleurs: «L’Europe nous protège des dérives idéologiques de nos gouvernants et des majorités qui les soutiennent». Et ajoute: «Je le dis aux dirigeants français comme allemands: le leadership n’est pas un droit, c’est un devoir». Une petite phrase qui égratigne, au passage, la chancelière allemande Angela Merkel qui est son alliée.

Petit mot aux amis pas toujours fidèles

Alors que l’UMP peine à rester unie à propos de l’Europe -divisée entre partisans d’un certain fédéralisme et les eurosceptiques souverainistes-, Nicolas Sarkozy survole le conflit, assurant que le «clivage est absurde et n’a pas lieu d’être».

Seul à être nommé par Nicolas Sarkozy dans sa tribune, Xavier Bertrand. L’ancien ministre avait affirmé dans une tribune au JDD ne plus croire à une «Europe Merkozy», dirigée par le couple franco-allemand. Nicolas Sarkozy le renvoie dans les cordes avec un cinglant: «L’Allemagne n’est pas un choix, n’est pas une alternative, elle est un fait.»

Un pré-programme électoral

Amateur des «cartes postales» adressées aux Français, la tribune de Nicolas Sarkozy semble également être un pré-programme électoral. Outre la réaffirmation d’un axe franco-allemand, l’ancien chef de l’Etat dénonce «l’échec sans appel» de la politique européenne sur l’immigration. Il appelle à la «suspension immédiate de Schengen I» et à une réforme des frontières pour réguler les flux migratoires. Ce thème a déjà été évoqué en mars 2012 par l’ancien Président, alors en campagne, lors du meeting de Villepinte.

Et comme pour toute annonce de Nicolas Sarkozy, le service après-vente de la tribune est assuré ce jeudi matin par Brice Hortefeux, l’ami de 30 ans, au micro de France Info: «C’est un texte rassembleur, il permet de réconcilier les eurosceptiques et ceux qui plaident sont pour la reconstruction», a déclaré l’ancien ministre, candidat à cette élection. Ajoutant que «la démarche de Sarkozy n’est pas partisane. (…) Il s’adresse aux Français et aux Européens.» De quoi donner du recul et de la profondeur à la prise de parole de Nicolas Sarkozy.

Avec cette tribune, Nicolas Sarkozy veut réaffirmer une nouvelle fois sa place de chef à droite. Lui qui s’était vanté après les élections municipales d’avoir participé à la victoire de son camp grâce à sa tribune au Figaro, il prend néanmoins une risque. Celui de se voir endosser une partie de la responsabilité en cas de victoire du Front national le 25 mai.