Le Ukip va-t-il faire sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne?

EUROPE Selon les derniers sondages, le parti europhobe britannique arriverait à égalité avec le Labour lors du scrutin européen organisé ce jeudi en Grande-Bretagne...

Romain Lescurieux

— 

Le 30 septembre 2013, le dirigeant du parti Ukip populiste et europhobe, Nigel Farage, à Weaste, dans le nord-ouest de l'Angleterre
Le 30 septembre 2013, le dirigeant du parti Ukip populiste et europhobe, Nigel Farage, à Weaste, dans le nord-ouest de l'Angleterre —

«Un séisme politique.» C’est ce que promet Nigel Farage, leader du Ukip (United Kingdom Independence Party) à l’issue des élections européennes qui auront lieu ce jeudi en Grande-Bretagne. Ce député-candidat, europhobe et populiste, surfe sur la défiance des électeurs vis-à-vis de la classe politique et la peur de l’étranger pour servir un projet qui vire à l’obsession: sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Si le parti a longtemps fait la course en tête dans les estimations, le Ukip arriverait néanmoins à égalité avec les travaillistes du Labour, avec 27% des intentions de vote, selon les derniers sondages publiés ce week-end par l’institut YouGov. Cela n’en reste pas moins un bond en avant pour ce mouvement qui est à l’origine une simple association.

«L’enjeu européen devenait un objet de désillusion»

«Le Ukip est né en 1993 sous forme d’un groupe de pression, en réaction au Traité de Maastricht. Il a ensuite évolué en parti politique, au fur et à mesure que l’enjeu européen devenait un objet de désillusion dans la société britannique», explique Agnès Alexandre-Collier, professeur de civilisation britannique à l’Université de Bourgogne.

Les thèmes de l’immigration et de l’identité nationale sont également très vite apparus, pour ce parti «qui refuse l’étiquette d’extrême droite et raciste», mais où «les différences avec le BNP (British National Party) sont pourtant de moins en moins perceptibles», ajoute Agnès Alexandre-Collier.

«Nigel Farage mise sur ce scrutin car il a compris que les Britanniques utilisent ces élections pour véritablement exprimer leur sentiment européen qui est de plus en plus eurosceptique», affirme la spécialiste. «Le Ukip a commencé à se radicaliser au moment de la crise économique», poursuit-elle. Un moyen de troubler le jeu politique britannique pour parvenir à leurs fins et de faire sortir le pays de l’UE?

«Une machine partisane encore composée de nombreux amateurs»

En effet, les thèmes du Ukip progressent au sein des partis traditionnels et notamment chez les conservateurs depuis un certain temps. «Le référendum proposé par David Cameron d’ici 2017 sur une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est une illustration type de l’ascension du Ukip», expose Agnès Alexandre-Collier.

Car pour la spécialiste, le parti de Nigel Farage n’est pour le moment pas en mesure de s’imposer lors d’élections pour concrétiser leur envie de sortie de l’Europe. «C’est une machine partisane encore composée de nombreux amateurs. Il restera un petit parti politique bruyant et néanmoins influent aussi bien au niveau national qu’au Parlement européen», estime-t-elle.