Eva Joly: «L’austérité nourrit l’euroscepticisme, mais n’est pas inhérente à l’Europe»

EXCLUSIF Ce mardi, la candidate verte pour l'Ile-de-France organise un «Finance Tour» à Paris pour dénoncer les fraudes et les magouilles...

Oihana Gabriel

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L'eurodéputée Eva Joly est candidate Europe Ecologie pour les élections européennes du dimanche 25 mai 2014.
L'eurodéputée Eva Joly est candidate Europe Ecologie pour les élections européennes du dimanche 25 mai 2014. — O. Gabriel /20 Minutes

Magistrate, elle a instruit les célèbres dossiers politico-financiers, de l’Affaire Elf à celle concernant Bernard Tapie. Femme politique, l’eurodéputée verte a mené une enquête sur la crise financière et défendu à Bruxelles des mesures pour réguler la finance. Eva Joly, qui n’a convaincu que 2,1 % des Français lors de la dernière présidentielle figure en deuxième place sur la liste Europe Ecologie pour l’Ile-de-France pour les élections européennes de dimanche. Et elle n’a pas fini de combattre les paradis fiscaux et autres dérives de la finance, comme elle le montrera ce mardi à la Défense, dans le cadre de son «Finance Tour».

Pourquoi faire un «Finance Tour»?

La finance à un visage, elle en a même plusieurs! En les passant en revue, je veux mettre la pression sur les politiques qui ont la main tremblante devant les multinationales. Et mettre en lumière ceux qui fraudent et qui font de l’optimisation fiscale abusive. L’Europe est le bon niveau pour agir.

Où en est la lutte contre la fraude fiscale?

Elle ronronne. Aujourd’hui, 0,01 % de la population détient la moitié des 26.000 milliards de dollars qui dorment dans les paradis fiscaux. En France, les caisses publiques sont privées de 60 à 80 milliards d’euros par an. Aujourd’hui Amazon, Google versent 8 % d’impôts en France contre 33 % pour les PME. C’est une injustice évidente. C’est pour ça que je suis devenue femme politique.

Vous êtes eurodéputée depuis 2009, qu’est ce qui a changé?

Notre combat commence à payer. En 2015, toutes les banques européennes déclareront leurs bénéfices, impôts, nombre de salariés et chiffre d’affaires pour chacun des pays où elles sont implantées. On va rendre la vue aux politiques. Nous voulons étendre cette transparence aux multinationales. J’ai bon espoir que nous y arrivions dans le prochain mandat.

Que proposez-vous pour lutter contre ces dérives?

Je défends l’échange d’information sur les clients des banques et la création d’une liste noire européenne des paradis fiscaux. Mais aussi obliger les avocats fiscalistes à déclarer pour qui et où ils ouvrent des comptes. Autre proposition: créer un procureur européen. Si les enquêtes sont faites au niveau européen, on évitera les collusions entre justice et politique.

Pourquoi défendez-vous Jérôme Kerviel?

Je défends la recherche de vérité sur les responsabilités réelles dans cette affaire. Je demande à ce qu’on regarde de plus près les comptes de la Société Générale. Il est clair que le système est malade et que Kerviel sert de bouc émissaire. La condamnation est lourde: Messier, qui a fait perdre plus d’argent à Vivendi que Kerviel n’a été condamné qu’à du sursis.

François Hollande avait déclaré la guerre à la finance, quel est son bilan?

Hollande est devenu VRP des banques. La taxe sur les transactions financières devait rapporter 33 milliards. La France a finalement obtenu pour que les produits dérivés ne soient pas taxés.

A quoi ça sert de rester dans l’euro?

L’Union européenne ne survivrait pas à une sortie de l’euro. C’est un ciment et une étape vers une politique fiscale commune. Le retour aux monnaies nationales, c’est la guerre de tous contre tous, un cercle sans fin de la dévaluation.

Comprenez-vous l’euroscepticisme des Européens?

L’austérité nourrit l’euroscepticisme, mais n’est pas inhérente à l’Europe. Nous pouvons faire autrement. Combattre les déficits excessifs, oui, mais en posant la question de la manière et sans sacrifier les investissements d’avenir.

Comment avez-vous vécu le départ de Daniel Cohn-Bendit, eurodéputé vert pendant 20 ans?

Avec émotion, même si son retrait est normal: il a beaucoup donné pour la vie publique. Je suis persuadée qu’il restera un soutien pour les Verts et une voix qui compte en Europe.

Quelle est votre priorité pour les Européens?

Engager la transition écologique: lutter contre la pollution, isoler les bâtiments, et bien sûr enrayer le dérèglement climatique. Bref, défendre l’intérêt général des Européens.