Jean-Claude Juncker: «Je rêve d'une Europe qui respecte mieux ceux qui travaillent»

INTERVIEW Rencontre avec Jean-Claude Juncker, le candidat de la droite à la présidence de la Commission européenne...

Propos recueillis par Céline Boff

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Jean-Claude Juncker, candidat PPE à la présidence de la Commission européenne
Jean-Claude Juncker, candidat PPE à la présidence de la Commission européenne — REYNALDO PAGANELLI/SIPA

Si le Parti populaire européen (PPE), dont est membre l’UMP, remporte les élections européennes, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker deviendra le président de la Commission européenne. Avec quelles ambitions? 20 Minutes lui a posé la question. Rencontre.

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Votre programme se veut très social. Avec quelles priorités?

Je veux que chaque pays adopte le principe d’un salaire minimum qui permette à chaque travailleur de vivre réellement des fruits de son labeur. Je veux également l’instauration d’un revenu minimum d’insertion et d’un socle de règles communes en matière de droit du travail et du licenciement. Les salariés ne sont pas les ennemis de l’emploi et je suis allergique à la précarité et à la flexibilité sans borne et sans gêne. Je rêve d’une Europe qui respecte mieux ceux qui travaillent.

Justement, la Commission européenne trouve que le smic est trop élevé en France. Vous aussi?

Non.

En quoi votre programme diffère-t-il de celui de Martin Schulz, le candidat socialiste?

Nous avons de nombreuses convergences de vue mais notre parti est plus rigoureux et responsable en matière de consolidation budgétaire. Les Etats ne peuvent pas dépenser l’argent qu’ils n’ont pas. S’ils le font, ils ne disposent plus des marges leur permettant de financer l’éducation, la recherche, l’innovation et les investissements publics… Soit tout ce qui nous permet de renouer avec une croissance durable.

Mais comment financer ces investissements lorsque les marges de manœuvre n’existent déjà plus?

En 2008, au début de la crise, nous avons dégagé à l’échelle européenne une enveloppe de 250 milliards d’euros pour mettre en place une politique de la demande. Mais nous ne pouvons pas le faire éternellement: lorsque les Etats s’endettent trop, ils deviennent des jouets aux mains des marchés financiers. Ils perdent leur souveraineté.

Comment pensez-vous convaincre les Européens de voter pour vous en leur disant qu’il faut continuer à appliquer la même rigueur budgétaire?

Mais tous les Européens ne souhaitent pas voir leurs pays continuer à s’endetter! En France, les dépenses publiques représentent 57 % de la richesse nationale. Les autres pays sont à un niveau moins élevé et je constate qu’ils ont des marges de manœuvre plus grandes que la France pour financer leurs investissements.

Moi, je ne suis pas là pour faire rêver les citoyens, mais pour leur expliquer la réalité des choses. Et lorsque des Etats, déjà lourdement endettés, continuent d’accumuler les déficits, c’est l’avenir de leurs jeunes qu’ils compromettent.

Dans ce cas, comment comptez-vous relancer l’économie?

D’abord, constatons que la reprise est là. Elle est timide, elle ne permet pas d’apporter une réponse satisfaisante au chômage de masse, mais l’Europe a laissé derrière elle la récession. Ensuite, je veux initier des politiques de croissance qui ne coûtent rien. Par exemple, en lançant un marché numérique unique en Europe.

Si nous le faisions, nous pourrions créer trois millions d’emplois en cinq ans sans dépenser le moindre euro! Quand un jeune Américain lance, avec de bonnes idées et peu de capital, une société numérique aux Etats-Unis, un marché de 300 millions de consommateurs s’ouvre immédiatement à lui. Le jeune Européen sera lui confronté à 28 régulateurs agissant chacun avec des normes et des règles différentes… Je veux qu’il devienne aussi facile de créer une entreprise en Europe qu’aux Etats-Unis.

Ouvrir ce marché ne fragiliserait-il pas davantage les opérateurs téléphoniques français, déjà mal en point?

L’idée est d’offrir aux opérateurs un espace continental dans lequel ils pourront bouger, produire et se développer et vous, vous me demandez quels pourraient être les effets néfastes pour la France… Mais vous n’arriverez jamais à faire avancer ce pays si vous restez enfermés dans des peurs irrationnelles! Il est très intéressant de voir cette réaction de rejet qui peut exister en France alors que les pays Baltes, par exemple, sont très demandeurs de ce genre d’ouverture.

Peut-être parce que nous avons plus à y perdre et eux, davantage à y gagner?

La France se porte-t-elle mieux que l’Allemagne, que l’Autriche ou que les Pays-Bas? Alors pourquoi affiche-t-elle tant de réticences quand il s’agit de prendre la bonne direction? La France doit cesser d’avoir peur de l’avenir et de se sous-estimer. Elle n’est pas le malade de l’Europe, elle est un pays intelligent, qui sait faire plein de choses et qui peut rebondir et croître à nouveau. Les seuls à ne pas le savoir ou à en douter sont les Français.

Vous souhaitez aussi favoriser la mobilité des citoyens européens…

Oui. Seuls 2,4 % des Européens vivent dans un autre pays que le leur, c’est très peu. Je voudrais que les jeunes soient obligés d’apprendre deux langues étrangères et qu’ils effectuent une partie de leur formation professionnelle ou universitaire à l’étranger. Cela ouvre les yeux, ouvre le cœur, donne de nouvelles idées.

Les Européens s’inquiètent de ce qu’il y a dans leurs assiettes. Que leur répondez-vous?

L’Europe permet à chaque Etat membre d’autoriser ou non la production d’OGM sur son territoire. Je l’ai refusée lorsque j’étais Premier ministre du Luxembourg. Je n’accepterai jamais que Bruxelles puisse l’imposer aux Etats membres.

D’après les sondages, le FN talonnerait votre parti en France…

Des personnes qui demandent le retrait de la France de l’UE et de la zone euro ne sont pas des patriotes, mais des nombrilistes.

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