Intervention de François Hollande: «Il a pris un risque»

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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François Hollande, le 24 janvier 2014 à Rome (Italie).
François Hollande, le 24 janvier 2014 à Rome (Italie). — FILIPPO MONTEFORTE / POOL / AFP

Comment s’en est sorti François Hollande, qui veut «aller toujours plus loin, toujours plus vite» pour reconquérir les Français, ce mardi matin lors de la matinale BFM/RMC? 20 Minutes a posé la question au communicant Philippe Moreau Chevrolet, président et fondateur de MCBG Conseil, spécialisé dans la communication des dirigeants

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C’est la première fois que François Hollande s’essaye à l’exercice d’une émission radiotélévisée matinale, qui est un format très particulier…

François Hollande a l’habitude de dire qu'il traite seul sa communication, et cela ne l’empêche pas de faire des erreurs. Mais ce mardi matin, il a fait un bon choix de format avec cette matinale, avec un Jean-Jacques Bourdin connu pour son franc-parler. Il a pris un risque. François Hollande était là pour renouer le contact avec les Français et créer un mini-événement sur ces deux ans de quinquennat, et cet objectif est rempli. Par ailleurs, être sur cette chaîne lui apporte un coup de jeune, et permet d’évacuer la séquence désastreuse sur Leonarda, qui s’était déroulée précisément sur cette chaîne.

Après l’interview du journaliste, s’ensuivent des questions-réponses avec des auditeurs. Comment analysez-vous cette séquence?

Les questions avec les auditeurs lui permettent d’afficher une proximité avec les Français. Mais à cet exercice, qui est loin d'être un grand oral de l’ENA, il manque d’empathie avec les auditeurs et reste figé dans ses réponses. Il veut bien faire, être un bon élève, mais n’est pas dans un dialogue. Sur ce point, Nicolas Sarkozy faisait mieux, en entamant un dialogue, en posant des questions, en s’intéressant aux gens. Il y a cette tradition venue du Moyen Age que les rois de France pouvaient guérir des écrouelles, qu’ils pouvaient guérir grâce au contact et à la parole. On parle alors de roi thaumaturge. Et bien, pour le président de la République, il reste encore cette idée qu’il peut aider et guérir par la parole. Dans cet exercice, François Hollande est encore un élève qui apprend, mais qui a pas mal de chemin à faire.

François Hollande a évoqué des regrets, et confié qu’il avait fait des erreurs au début de son quinquennat. Que cela vous inspire-t-il?

Cette interview a permis de crever l’abcès sur plusieurs sujets, grâce notamment aux questions sans concessions du journaliste. Alors qu’il est très impopulaire, François Hollande était dans l’obligation de reconnaître des erreurs, car sinon c’est une mission suicide. Néanmoins, sur la question de sa vie privée, il aurait dû faire acte de contrition et reconnaître qu’il avait pu choquer et qu’il s’en était rendu compte. En évacuant le sujet, il laisse flotter l’idée d’une faute.

Cet exercice de communication peut-il permettre à François Hollande de renverser la vapeur pour le reste de son quinquennat?

Assurément, ce n’est pas une intervention qui changera la donne. C’est un travail de longue haleine, et je reste pessimiste pour François Hollande car sa communication est marquée par une absence de stratégie. C’est au coup par coup. Dans les derniers sondages, outre la méfiance, apparaît également un rejet de François Hollande. Il lui est devenu urgent d’intervenir. La question est désormais la suivante: «Est-ce que cela sera durable?»